Les nouvelles qui nous parviennent ne sont pas toujours catastrophiques. Et c’est heureux. La presse, même si elle fait honnêtement son travail, ne peut décemment nous gâcher le bronzage avec ses histoires de méduses et d’algues vertes ou le barbecue avec cette immense rôtissoire qui s’emballe autour de Moscou.

Parmi les excellentes informations reçues cette semaine, nous avons appris que, malgré tous les avertissements des prophètes de l’apocalypse, malgré les mises en garde souvent bien intentionnées et bien subventionnées, nos océans se portent globalement bien. Même s’il existe toujours des périls, des menaces, comme on le voit du côté de la Nouvelle-Orléans, les mers du globe recèleraient plus de 230.000 espèces animales connues, l’Australie et le Japon venant en tête avec 33.000 espèces chacune, suivis des mers chinoises, de la Méditerranée et… du golfe du Mexique où tout n’est donc pas perdu nonobstant les efforts considérables des Anglais de British Petroleum.

Tout cela est bien réjouissant, surtout si l’on pense que, par définition, ce difficile recensement n’a dénombré que les espèces connues. Cette semaine encore, on a identifié en Tanzanie un nouveau crocodile de la taille d’un chat et doté d’une dentition de mammifère. Certes, le pakasuchus kapilimai, c’est son nom, a été découvert à l’état fossile mais rien n’interdit de penser qu’il survit encore ici ou là. Dans cette hypothèse, notre conseil sera pour les lecteurs dotés de chats domestiques : qu’ils se méfient des matous ayant tendance à lézarder. Probablement des mutants.

La Dépêche n’a pas manqué d’apporter sa contribution à l’optimisme ambiant en présentant un très beau portrait de Françoise Pautrizel, la patronne du musée de la mer de Biarritz. Outre quelques révélations fracassantes (« …on prend conscience de l’immensité de l’océan et de la rotondité de la Terre… »), Madame la directrice semble parfaitement heureuse de l’extraordinaire richesse de ses collections qu’elle a voulues spécialisées dans les 150 espèces fréquentant le golfe de Gascogne. Nous avons même appris que le musée de Biarritz abritait un coelacanthe que l’on croyait pourtant sédentarisé dans les fosses du canal de Mozambique (variété brunâtre) et des îles indonésiennes (variété bleuâtre). A tous les amateurs de généalogie, nous signalons que, lors de sa découverte en 1938 et de son identification en 1952, ce poisson cuirassé comme un char Leclerc a été baptisé « Le vieil homme » car on pensait qu’il était peut-être le chaînon manquant dans l’Histoire de l’humanité. Cette théorie est désormais caduque mais la présence, si près de nous, d’un vieil ami comme le coelacanthe est bien réconfortante.

Bref, sur la Grande Barrière pour les barracudas, en Méditerranée pour le thon rouge ou à Biarritz pour le coelacanthe, les choses ne vont pas si mal. Le pire n’est pas toujours certain. Nous n’avons toutefois pas de nouvelles des populations de phoques-moines et de requins pèlerins. Attendons que tout ce petit monde soit revenu de Saint-Jacques de Compostelle pour y voir plus clair.

Dans un contexte aussi réjouissant, la relecture de « Vingt mille lieues sous les mers » s’impose évidemment. O y rencontrera peut-être Paul, le poulpe pronostiqueur. Ou à défaut, la baleine blanche, s’il faut passer de Verne à Melville. Enfin, les autorités annoncent la suppression des cartes de rationnement sur la sardine à griller cet été.

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