Tous nos problèmes de financement des retraites sont dus – on nous l’a répété jusqu’à la satiété pendant l’année 2010 – à un phénomène aussi heureux qu’indiscutable, l’allongement de l’espérance de vie et même, l’espoir faisant vivre, de la vie elle-même.

Les caisses de retraite des chats, des chiens, des canaris, des crocodiles et des autres animaux domestiques devraient bientôt rencontrer les mêmes difficultés. Une association d’entreprises allemandes spécialisées dans la fabrication d’aliments pour animaux familiers vient de le révéler. Selon la FACCO, c’est son nom, les animaux vivent de plus en plus longtemps. Pour ne prendre qu’un exemple, la durée moyenne de vie d’un chat était de 6,2 ans en 1982 ; elle était déjà passée à 11,1 ans en 2005… Où cela s’arrêtera-t-il ? Avoir un chat de 65 ans, c’est comme être affligé d’une belle-mère âgée de 500 ans. Très problématique.

Au reste, la longévité animale doit s’entendre dans tous les sens du mot. Monsieur de la Panouse, créateur du zoo de Thoiry, a révélé qu’il connaissait une femelle python exceptionnellement âgée et longue d’onze mètres, ce qui serait le record mondial en cette matière. Il a d’ailleurs observé, dans son parc animalier, que les éléphants, pourtant réputés pour leur grand âge et leur mémoire indélébile, mouraient vers 60 ans dans leur environnement naturel alors qu’ils devenaient souvent centenaires en captivité. C’est que la chute de leurs dernières dents y est palliée par l’administration de bouillies végétales et autres compléments vitaminés. L’éléphant captif n’est plus sans défense.

Comme pour l’espèce humaine, l’allongement de la durée de vie des animaux tient en effet à une meilleure alimentation et à l’amélioration des soins vétérinaires. Il serait donc opportun de fusionner la S.P.A. et la Sécurité sociale en une S.S.P.A., ce qui, pour revenir à l’Allemagne, devrait rappeler de bons souvenirs à ces amis des animaux qui ne distinguent pas bien l’Homme de son environnement. Le nouvel organisme aurait à gérer les dépenses de l’assurance-maladie puisque désormais Médor et Minou sont autorisés à exiger la vie éternelle.

Subsistent cependant quelques zones d’ombre. On a ainsi observé une très forte mortalité des huîtres et des canards gras lors des fêtes de fin d’année. Or l’huître a le droit, comme l’escargot de Bourgogne ou le taureau andalou, de devenir centenaire même s’il est à craindre qu’une spéciale « hors d’âge » soit légèrement racornie. Quant au toro racorni, n’en parlons pas plus que de l’escargot. Que faire pour ces animaux prématurément sacrifiés sur l’autel de nos appétits ? Comment garantir aux lions de Thoiry la traçabilité de leur steak haché ? On ne peut tout de même pas leur imposer de devenir herbivores pour augmenter leur espérance de vie. Il n’y a pas de solution. Nous avons succédé aux dinosaures. Grâce à nous, les siamois et les chows-chows nous survivront. C’est le péril jeune. Avons-nous déjà recommandé « Le chien qui a vu Dieu » de Dino Buzzati ?