Vous en aviez rêvé ? Un Polonais l’a fait. Piotr Bratkowski , rédacteur de « Newsweek Polska » à Varsovie, vient de lancer une pétition contre l’hiver. Même si 14.000 personnes, dont de nombreuses personnalités en vue, ont déjà signé son texte, il ne s’agit pas d’une simple pétition, d’un énième vœu pieux.

P. Bratkowski a en effet décidé d’interpeller les autorités polonaises mais également celles de l’Union Européenne sur trois points précis. Il exige que toutes les mesures adéquates soient prises pour que la température ne descende plus au dessous de 5° C (même s’il préfèrerait 10° C, il reste raisonnable), que les journées varsoviennes ou cracoviennes si courtes en hiver soient allongées d’au moins quatre heures au détriment des aurores grisâtres et des crépuscules interminables, et enfin qu’il n’y ait plus de neige ni aucun des cataclysmes qui l’accompagnent généralement. S’il n’obtient pas satisfaction, le journaliste entend saisir la Cour des Communautés, la Cour des droits de l’Homme et la Cour de justice internationale car il juge contraires à tous les impératifs d’équité ou de non-discrimination le fait que les bulletins météorologiques indiquent simultanément – 20° en Mazurie et + 15° à Lisbonne ou à Naples pour ne parler que de l’Union Européenne.

Voilà une initiative frappée au coin du bon sens. On bassine les Polonais avec des histoires de réchauffement climatique devant normalement faire de Gdansk une sorte de Saint-Tropez et ils ne voient rien venir. Au lieu des douceurs d’Ibiza ou de la côte amalfitaine, ils se retrouvent avec des congères entassées pendant huit mois dans le désintérêt total du gouvernement local et de la Commission de Bruxelles. Cette indifférence est d’autant plus stupide qu’une bonne partie de la fraîcheur polonaise pourrait être déversée avec grand profit sur les régions telles que le Sahel, l’Amazonie, le Gabon où règnent des chaleurs tout à fait excessives. D’ailleurs, il existe à St Louis du Sénégal un port dit « des Polonais » qui montre que l’expérience a déjà été envisagée. En Haïti, plusieurs villages du Nord abritent les descendants des soldats polonais déserteurs de l’armée de reconquête envoyée par Napoléon et qui ont transporté au pays du vaudou la fraîcheur des hauts de Zakopane.

Cependant, si nos amis polonais veulent assurer le succès de leur pétition, ils devraient s’associer aux pays scandinaves, aux Etats baltes, à l’Islande (qui possède toutefois ses geysers d’eau bouillante) et au Canada. Il leur faudra bien se réconcilier aussi avec les voisins russes qui connaissent le problème du froid injuste à très grande échelle.

Mais rien n’est parfait puisque Polonais et Russes partageaient le même prétexte, celui des hivers trop rigoureux, pour justifier leur extraordinaire consommation de vodka. On sait quand même, depuis « Un singe en hiver » d’Antoine Blondin que la consommation d’alcool peut être parfaitement déconnectée des fluctuations du thermomètre.