Le Parisien, toujours très libéré quoi qu’il en dise, nous a révélé, ce samedi, une information stupéfiante. On ne peut toutefois pas la qualifier de renversante ou culbutante car voici l’affaire : un mari a vu son divorce prononcé à ses torts exclusifs avec, en prime devant la Cour d’appel, une condamnation particulière à 10.000 euros de dommages-intérêts pour… n’avoir pas suffisamment fait l’amour à son épouse. Ce doit être ce que les huissiers appelaient la contrainte par corps.

Dans un premier temps, le conjoint défaillant a tenté d’utiliser la stratégie de défense des avocats de DSK. En résumé, par vu pas pris. Il a expliqué qu’il remplissait parfaitement son devoir conjugal. Les chambres des couples légitimes étant encore à l’abri des surveillances électroniques, c’était en somme sa parole contre celle de sa femme. Il aurait pu s’en tenir là car l’abstinence est assez difficile à démontrer. Mais on veut toujours trop en faire dans ces matières. Monsieur a donc reconnu que les relations physiques avec Madame s’étaient espacées parce qu’il cumulait des problèmes de santé et « une fatigue chronique générale due à ses horaires de travail ». Il n’en fallait pas plus au juge aux affaires familiales puis à la Cour d’appel pour former leur conviction : Monsieur X n’avait pas rempli dans leur détail les obligations de l’article 215 du Code civil qui prévoit notamment « la communauté de vie » qui doit s’entendre comme incluant les ébats fripons.

D’un strict point de vue juridique, l’affaire reste délicate. On sait, et de nombreuses décisions judiciaires vont dans ce sens, que si la situation avait été inverse, si l’épouse n’avait consenti à aucun rapport physique, le mari aurait pu être condamné pour viol s’il s’était montré trop entreprenant. Il est vrai qu’un homme, en bonne logique, est plus difficile à violer qu’une femme mais n’y aurait-il pas dans l’attitude de l’épouse concernée une sorte de harcèlement moral à la limite de la violence répréhensible ? D’autres affaires similaires permettront sans doute de délimiter une frontière jurisprudentielle plus équitable pour les deux sexes.

On peut simplement souhaiter que le mari récalcitrant ait trouvé de nombreuses satisfactions extra-conjugales puisque Le Monde de ce même samedi nous apprenait que, selon des recherches scientifiques très sérieuses, la fréquence des rapports sexuels allongeait notablement l’espérance de vie. Avec l’inconvénient, dans le cas qui nous occupe, d’augmenter aussi la durée de versement des pensions alimentaires.

Conseillons à l’époux débouté faute d’avoir bouté de lire pour se consoler – et à l’épouse pour se distraire – les « Mémoires » de Casanova. Un stakhanoviste de la chose.