Voilà une année qui commence bien mal pour la famille Bonaparte. Il y aurait une brèche dans l’armorial de cette maison italo-corse relativement connue. Pour dire les choses brutalement, la lignée serait une ligne brisée ; Napoléon III ne serait pas vraiment le neveu de Napoléon 1er.

Pour mille raisons, un peu injustes quelquefois, les historiens et le grand public s’intéressent plus au « véritable » Napoléon qu’à son successeur infortuné. Il s’est toutefois trouvé un groupe de fétichistes pour conserver une mèche de cheveux de Napoléon-le-petit, comme écrivait Victor Hugo. Cette touffe de poils impériaux lui aurait été retirée, sans qu’on sache pourquoi, lors de sa captivité à Wilhelmshöhe après la capitulation de Sedan. Non content d’être accablé par la défaite militaire et l’abdication politique, le pauvre Louis-Napoléon était également couvert de pellicules. A quelque chose malheur est bon, c’est grâce à cette détérioration du cuir chevelu qu’on a pu isoler l’ADN de notre homme.

Surprise, les analyses démontrent, sans l’ombre d’un doute, que les deux hommes ont des souches différentes et que l’un au moins n’est Bonaparte qu’à demi. Deux explications se proposent à la curiosité des spécialistes. Toutes deux mettent en cause la vertu d’une femme. Le petit Louis-Napoléon était le fils de la reine Hortense, elle-même fille de Joséphine de Beauharnais, première épouse du grand Napoléon. Ce dernier avait donné la belle créole martiniquaise en mariage à son frère Louis auquel il avait en outre confié une éphémère royauté sur la Hollande. Hortense se trouvait donc être sa belle-fille et sa belle-sœur. C’est probablement de cette confusion initiale qu’est née la réputation de la reine de Hollande d’être assez volage. De nombreux militaires bataves ou français pourraient se disputer l’honneur douteux d’être le véritable papa du petit Louis.

Mais la maman du petit Corse, la volcanique Laetizia, n’était elle-même pas d’une fidélité à toute épreuve à l’égard de son mari Charles, en sorte qu’il n’est pas du tout certain que Napoléon et Louis aient été mieux que des demi-frères. Les maniaques occupés à gérer le patrimoine historique de la famille font observer, à ce stade des interrogations scientifiques, que la question du lignage est dépourvue d’intérêt. Le raisonnement est légèrement tordu : selon eux, les deux empereurs ayant acquis leur trône par des coups d’Etat, la continuité dynastique n’a aucune part dans la grande Histoire de France. On mesure le poids du sophisme à ce que les mêmes conservateurs bonapartistes vouent une admiration idolâtre à Napoléon II, roi de Rome et duc de Reichstadt par la volonté de son père. Comprenne qui pourra.