Nous avons fait, ce mardi, une escapade à Madagascar. Restons dans cette région sud-ouest de l’Océan Indien pour évoquer un fait divers particulièrement consternant survenu à Mayotte vendredi dernier. Un ou plusieurs abrutis auraient déposé une tête de cochon devant la mosquée de Labattoir dans la commune de Dzaoudzi. Pour faire honneur à la réputation de cette chronique, nous avons mené un vigoureux travail de documentation afin d’éclairer les détails et circonstances de cette cochonnerie.

Le nom du village de Labattoir d’abord, qui peut paraître étrange et même approprié au geste de profanation. Ce toponyme se serait imposé après 1841 et la cession de Mayotte à la France pour la raison que les fonctionnaires civils et militaires affectés en Petite-Terre et regroupés dans le « Rocher » de Dzaoudzi (rien à voir avec Monaco) auraient pris l’habitude de faire abattre le bétail dans ce lieu proche d’un autre village, M’ronyombeni (litt. La rivière où il y a des bœufs), où paissaient les troupeaux du sultan Andriantsouly. Dans un avatar mahorais, une langue proche du swahili, le lieudit « l’abattoir » est devenu Labatwara mais il a gardé son orthographe française pour désigner le seul centre d’état-civil pour les Européens de la colonie. Certains détiennent donc encore des actes établissant… leur décès à Labattoir ou, plus surprenant, leur naissance en ce lieu.

Le forfait aurait par ailleurs été commis dans la nuit du jeudi au vendredi. Etrange façon de commencer l’année. Surtout, le vendredi est, à Mayotte comme ailleurs, le jour de la très grande prière hebdomadaire qui doit être effectuée aux environs de midi à la mosquée. Il s’agissait donc bien de choquer le plus grand nombre de croyants.

Un nombre considérable au demeurant puisque Mayotte est le seul département français presque entièrement peuplé de musulmans. 98 % de la population observent les préceptes coraniques. Il paraît que la Petite-Terre, une des deux îles principales de Mayotte avec… la Grande-Terre, abriterait une petite communauté de créoles métis catholiques tellement intégrés qu’ils observent, par syncrétisme, à peu près tous les rites islamiques. Mais on y trouve également un peloton de gendarmerie et un détachement de la Légion étrangère. Il semble que les militaires enquêtent donc du côté des militaires.

La provocation de la tête de cochon déposée par quelques têtes de c… est spécialement stupide puisque l’Islam mahorais, sunnite de type chaféite, est un modèle de tolérance et d’ouverture. Il se combine avec une sorte de matriarcat de droit privé et se conjugue très bien avec les valeurs républicaines en une sorte de laboratoire qui pourrait inspirer le Ministre de l’Intérieur toujours à la recherche d’un introuvable Islam de France. On peut dire que les profanateurs n’auront réussi qu’à démontrer leur sottise insondable. Tablons sur le bon sens des Mahorais pour ne voir dans cette lamentable affaire qu’un écoulement d’eau de boudin. Blanc, naturellement.