Il a plu sur Alice Springs. On y a relevé aussi une température de 28°, autant dire un froid polaire au cœur de l’hiver austral pour cette ville située au milieu de nulle part, à mi-chemin de Perth et Sydney ou de Darwin et Adélaïde. Il y fait généralement entre 40 et 50° ; c’est une sorte d’anti-Sibérie, un concentré de Sahara et de Namib, le point culminant des thermomètres. Mais surtout il a plu… Or la pluie est aussi rare dans cette charmante bourgade que les forêts en Seine-Saint-Denis ou les raies mantas dans le lac d’Annecy. C’est au point que des farceurs locaux – car le bushman australien est facétieux – ont réanimé les souvenirs immémoriaux des aborigènes en évoquant une rivière qui coulait là à l’époque du Grand Crocodile créateur pour organiser chaque année une remarquable régate dans le lit désertique de ce cours d’eau fossilisé. Barques et pirogues sont équipées de roulettes ou de flancs percés pour laisser passer les jambes des rameurs et on s’affronte sur un magnifique tapis de cailloux dans la course fluviale la plus dépourvue d’eau. Un très bon prétexte pour arroser cette compétition à grand renfort de bières australiennes ; c’est le véritable objet de la régate.

Ainsi donc tandis qu’il pleuvait et qu’on grelottait à Alice Springs, les tennismen invités à l’Open d’Australie de Melbourne regardaient, avec la consternation qui aurait pu frapper des esprits plus sophistiqués, les semelles de leurs baskets et les bouteilles en plastique de leurs temps de récupération fondre littéralement sous une température supérieure à 45°. Même s’il ne neige pas encore à Brisbane, il paraît plus juste de parler d’un dérèglement climatique total que du fameux réchauffement inventé pour culpabiliser les automobilistes, les utilisateurs d’aérosols, les fumeurs de Gauloises et les amateurs de barbecue. Voilà peu, on relevait simultanément – 28° à Chicago et + 28 à Miami comme à Los Angeles. Imagine-t-on, dans ces conditions, les affres vestimentaires du touriste-aventurier se mettant en tête de traverser les Etats-Unis, un peu comme si l’on réunissait en un seul film « Les Bronzés » immortels et « Les Bronzés font du ski » ?

L’autre jour encore, les passagers australiens et néo-zélandais qui passaient le réveillon sur un navire russe et ont été bloqués par l’embâcle des glaces de l’Antarctique ont dû être secourus par l’hélicoptère d’un bateau chinois qui passait par là… et qui s’est trouvé à son tour pris dans une dilatation fabuleuse de la banquise. Même l’extrême-sud perd le nord. On avait déjà découvert des fossiles de dromadaires dans la même région et déploré des chutes de neige en Egypte. Il faut s’attendre à tout. Le développement du palmier dattier dans les oasis de Norvège. Le surgissement des vahinés au Spitzberg. Une station balnéaire dans le Ladakh. Et pourquoi pas, puisque tout devient possible, un réchauffement des relations entre François Hollande et Pierre Gattaz ? Dans « L’Esprit des lois », Montesquieu avait ébauché une théorie des climats. Il doit se demander aujourd’hui : comment peut-on être australien ?