C’est le grand bal des faux-culs, qu’on nous pardonne l’expression. Depuis dix jours, les journalistes des médias qui se disent sérieux font mine de se pincer le nez pour ne pas respirer les effluves nauséabonds dégagés par le magazine Closer qui a dévoilé une nouvelle facette de la vie présidentielle. Et cependant ils reniflent, hument, savourent, se délectent. On accuse un journal à scandales d’avoir cherché à gagner de l’argent mais tous les autres – journaux, radios, télévisions, e-canards – ne parlent que de l’affaire, sans autre souci évidemment que celui d’une information objective et aseptisée, sans aucun égard pour leur propre tirage ou les chiffres de leur audience.

Chacun avance un excellent prétexte pour briser la frontière traditionnellement respectée entre la vie publique et la vie privée. Pour les uns, la sécurité personnelle du Président, qui est de fait un sujet important, serait compromise par ses escapades nocturnes pourtant moins dangereuses que le bain de foule le plus bénin. Pour les autres, il s’agirait de définir à cette occasion le statut de première dame comme si la question ne se posait que lorsqu’il y a compétition. Pour quelques-uns enfin, la compassion les guiderait et donc le souci d’avoir des nouvelles de la santé de Valérie Trierweiler qui n’avait pas bénéficié jusque-là d’une grande sollicitude. Quelles que soient les bonnes raisons avancées et les vrais motifs cachés, plumes, micros et caméras se sont installés dans les alcôves pour nous décrire les draps froissés.

Et une bonne partie de la presse française avoue, en cette occasion inattendue, souffrir d’un complexe au spectacle de l’indépendance et de la liberté de la presse américaine. Depuis les remarquables investigations menées dans l’affaire du « Watergate », les journalistes du Washington Post ont remplacé Albert Londres au panthéon de la profession. On oublie toutefois que la même presse, tendue, si l’on ose dire, vers l’essentiel, nous a aussi offert le « Monicagate », cette histoire particulièrement graveleuse où l’on vit une robe bleue scrutée aux rayons X pour y trouver des traces d’épanchement présidentiel. Nos médias se passionnent même pour l’anniversaire de la belle Michelle Obama qu’ils utilisent, sans le dire bien sûr mais en le suggérant très fort, comme le parfait contre-exemple à opposer aux mœurs conjugales françaises. Sainte Michelle, priez pour nous, pauvres Gaulois spécialisés… dans la gauloiserie.

A défaut d’être inépuisable, le filon est suffisamment rentable pour qu’on exhume les aventures sentimentales prêtées à M. Giscard d’Estaing, à François Mitterrand, à Jacques Chirac et, pendant qu’on y est à Henri IV, à Louis XV et à Napoléon. Que sait-on au juste du harem de Clovis et des pages de Charlemagne ? Rien. Alors, creusons !

S’il faut avoir un avis sur ces questions, disons que François Hollande a très bien fait de garder ses distances avec les interrogations lancinantes de la presse et de consacrer ses propos à une authentique révolution social-démocrate. Gauche et droite cul par-dessus tête, cet homme-là bouscule tout le monde.