François Hollande a relancé un débat aussi vieux que le règne d’Hugues Capet, celui de l’organisation territoriale de notre pays. L’idée, toujours renaissante et toujours délaissée, qu’avancent les tenants de la modernité est simple : nos anciennes provinces devenues régions administratives puis collectivités territoriales devraient être fusionnées, rassemblées pour en faire de puissants acteurs sur la scène européenne.

L’exemple inlassablement proposé est bien sûr celui des Länder allemands, 16 régions pour 80 millions d’habitants. A supposer qu’il faille tout imiter de l’Allemagne, hors peut-être la gastronomie, ce modèle ne serait pas très probant. Le Land de Sarre est 40 fois moins vaste que la région Midi-Pyrénées et 2,5 fois moins peuplé. Par ailleurs, nos voisins ont une histoire nationale de moins d’un siècle et demi et leur organisation locale réunit d’anciens Etats germaniques autrefois membres du Saint-Empire. Surtout, l’Allemagne s’est dotée d’un fédéralisme sans rapport avec la tradition jacobine de notre pays. On laisse faire aux Länder ce qu’ils font mieux que l’Etat.

Dès qu’il s’agit de redessiner nos régions, les boucliers se lèvent. La réforme n’est bonne que pour les autres. On a même vu, cette semaine, le Premier ministre protester énergiquement contre le rattachement de Nantes à la Bretagne en même temps qu’il proposait de fusionner Paris et les départements de la petite couronne à la grande fureur de M. Devedjian, président du Conseil général des Hauts-de-Seine assis sur le tas d’or des recettes fiscales de La Défense.

Quel critère retenir pour de nouvelles régions. La tradition historique ? Il faudra donc découper le seul département de Charente-Maritime entre l’Aunis et la Saintonge. L’unité linguistique ? A ce tarif, l’alsacien alémanique regrouperait deux départements tandis que l’Occitanie en rassemblerait une bonne trentaine.

Il est d’ailleurs tout à fait paradoxal d’opposer sans cesse les régions aux départements puisqu’on a réuni ceux-ci pour créer celles-là. Pouvait-on d’ailleurs procéder autrement dans un pays aussi conservateur ? Allait-on tracer des limites rectilignes comme la ligne Mason-Dixon, avec les abolitionnistes au nord et les esclavagistes au sud, ou comme la frontière Angola-Namibie ayant séparé les Portugais des Allemands ? On imagine une France redécoupée en grandes bandes horizontales, Brest-Strasbourg ou St Jean-de-Luz-Menton, voire verticales de Cherbourg à Toulouse et de Lille à Perpignan. Les humoristes n’ont pas manqué de souligner que les économies ainsi faites sur les crédits de FR3 ne manqueraient pas de compliquer la tâche des spécialistes de la météo régionale… Chacun devant apporter sa pierre à l’édifice, nous proposons de créer des régions par produit de bouche à forte identité. Le Brie engloberait l’Est de la Seine-et-Marne, le Sud de l’Aisne et l’Ouest de la Marne et réunirait ainsi trois régions. Même chose pour le poulet de Bresse installé dans la Comté, Rhône-Alpes et la Bourgogne. Mais la région-reine serait incontestablement celle du foie gras et du cassoulet : Guyenne, Béarn, Languedoc et Comté de Toulouse. Le temps n’est-il pas venu de dissoudre l’Etat et de rétablir des octrois protecteurs ?

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