Rien des préoccupations sociales des Français n’est étranger à la rédaction du Figaro de M. Dassault. C’est ainsi que, l’autre jour, le grand quotidien abrité derrière l’autorité de Beaumarchais a été obligé de titrer sur une pleine page « La colère gagne l’avenue Foch ». Diable, qu’est-ce qui peut bien motiver l’ire des riverains de cette artère prestigieuse allant de l’Arc de Triomphe à la Porte Dauphine et dont les occupants, qu’ils soient diplomates des principautés pétrolières ou patrons du CAC 40 ne nous ont pas habitués aux manifestations et aux barricades ?

S’ils sont montés sur leurs grands chevaux, c’est à cause bien sûr de la mairie socialo-communiste de Paris et plus particulièrement de cette bolchevique d’Anne Hidalgo. On fomente en effet, du côté du soviet suprême de l’Hôtel de Ville, un projet d’urbanisme tendant à créer des logements, des bureaux et des commerces sur l’avenue Foch. Pas des logements sociaux, qu’on se rassure ; Madame Hidalgo n’est pas Rosa Luxemburg. Mais enfin, il serait question d’introduire un peu de la vraie vie dans un quartier qui en était jusque-là heureusement préservé. Un peu comme si l’on remplaçait, sous l’hôtel Crillon, les locaux de l’Automobile Club par un Mcdo ou par une permanence des Restos du Cœur.

Evidemment, les habitants de l’avenue, qui ont la chance de vivre dans un des rares espaces verts parisiens entièrement privatisés, ne l’entendent pas de cette oreille. Ils se gendarment et se mobilisent. Le Figaro a publié une photo attendrissante d’une manifestation de masse – cinq personnes très BCBG et un chien également bien coiffé – regroupée derrière une sobre banderole « Non au projet ». Et le journal a donné la parole à la présidente du « collectif Auteuil-les Princes », qui prophétise, en Cassandre du XVI°, que l’aménagement criminel de l’avenue Foch deviendra « Le Notre-Dame des Landes de Paris ». Pas moins. C’est le Larzac à un jet de lacrymogène de Passy, avant de se transformer en un nouveau Mur des Fédérés.

Le Figaro avait déjà rendu compte, avec son habituel souci d’objectivité, de la grande colère des céréaliers-betteraviers de la Beauce et de la Brie qui voyaient leurs subventions européennes fondre comme la banquise arctique sous les attaques infernales des socialistes. On parle désormais d’un « Grand Paris » qui aurait pour résultat d’organiser la cohabitation des racailles du 9-3 et des dames patronnesses de La Muette. Sûr que la réaction de la vraie France, celle de la Manif pour tous, ne se fera pas attendre. Les sinistrés de l’avenue Foch pourraient rejoindre un front Neuilly-Marne-la-Coquette-Montfort-l’Amaury qui risquerait de s’étendre, si l’on n’y prend garde, à Enghien et Chantilly. Comme disent les syndicalistes CGT de PSA et de Goodyear tandis que les salariés agonisent : « On lâche rien ! ».

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