Sans doute inspirés par l’actualité péri-politique, journaux, radios et télévisions ont rendu compte d’une grande enquête sur l’infidélité des Français. Mais les plus récentes convulsions de cette actualité précisément ont laissé inaperçus les résultats de cette étude. Ils sont pourtant bien édifiants, plus d’ailleurs sur les méthodes des enquêteurs et la sincérité des enquêtes que par les chiffres produits.

Les chiffres ? 53 % des Français reconnaîtraient avoir été infidèles à leur conjointe tandis que 32 % seulement des Françaises auraient trompé leur mari ou compagnon. C’est épatant.

Notons tout d’abord qu’il aurait fallu organiser un décompte par tranches d’âge des résultats obtenus. L’expression « démon de midi » existe pour nous rappeler que la tentation d’aller voir ailleurs s’accroît avec le temps. Disons, pour résumer, que l’âge rend volage un peu comme les dégustations accumulées de plats traditionnels (pot-au-feu, cassoulet, choucroute) peuvent donner des envies de cuisine exotique.

Relevons ensuite que l’enquête a été menée sur le mode déclaratif. Même si le vocable « enquête » renvoie aux méthodes inquisitoriales, en l’occurrence on s’est contenté d’enregistrer les professions de foi faites la main sur le cœur, à la manière des promesses électorales, par les Français consultés. On n’a évidemment pas recueilli l’opinion des commères ou des corbeaux de leur voisinage, et encore moins inspecté leurs alcôves pour y découvrir des indices ou des preuves.

Mais l’essentiel n’est pas là ; il réside dans la distorsion entre les réponses de ces messieurs et celles de ces dames. Un peu plus de la moitié d’hommes infidèles, un peu moins du tiers pour les femmes. Ceux qui prétendent – c’est une autre polémique du moment – abolir « la binarité historique masculin-féminin » vont être déçus : il subsiste des différences. Postulons que les femmes sont sincères, ce qui est un peu difficile à admettre puisqu’on est naturellement porté à croire que les proportions sont les mêmes d’un sexe à l’autre. Mais soit. Il faut donc déduire de ces chiffres étonnants que la polygynie des hommes et celle des femmes, respectivement polygynie et polyandrie, seraient d’inégale intensité, celle des dames étant plus forte. Eh oui ! pour que la grande moitié des maris fasse ses petites affaires avec un tiers des épouses, il est arithmétiquement indispensable que celles qui sortent des sentiers conjugaux balisés le fassent avec un plus grand nombre de partenaires. On a conclu un peu vite à l’infidélité génétique des hommes alors qu’il aurait fallu souligner la quasi-nymphomanie des femmes frivoles. Pas sûr que ce constat pourtant indiscutable nous rende plus populaire auprès des militantes féministes qui se gendarment, si l’on peut dire, pour beaucoup moins.

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