Affligeant, pathétique, indécent, obscène, nous avons entendu tous les adjectifs pour qualifier ce que les commentateurs jugeaient inqualifiable, à savoir le « livre » écrit par l’ex-première concubine à propos du Président de la République. Malgré cette première réaction quasi-unanime, la presse ne nous a guère entretenus que de cela en cette fin de semaine et les Français, imprévisibles bibliophiles, se sont précipités dans les librairies pour faire de ce brûlot un « peste-seller ».

La période était, il est vrai, assez difficile pour François Hollande. Vives tensions au sein de la majorité à propos de la rigueur économique. Début de polémiques sur les 35 heures, le contrôle de l’effectivité du chômage ou encore le travail dominical. Etrange reculade sur la livraison des navires Mistral à la Russie. Et pour clore (provisoirement ?) la séquence, démission d’un secrétaire d’Etat une semaine après sa nomination puis nouveaux sondages de popularité catastrophiques. Comme à Gravelotte.

Mais le plus inattendu et le plus incongru de ces événements aura bien été le fameux ouvrage de la femme blessée, un trait qu’on pourra appeler, selon ses propres sympathies, la flèche du Parthe ou le coup de pied de l’âne. Voici un peu plus d’un an, alors que François Hollande partait déjà à la reconquête de ses concitoyens, la France parisienne et médiatique avait bien ri d’une Madame Michu dijonnaise qui conseillait au Président de ne pas épouser sa compagne en précisant « la Valérie, nous on l’aime pas. » Il est apparu ensuite que le mariage n’était pas dans les projets du chef de l’Etat et que la bonne dame de Dijon avait donné un conseil de pur bon sens.

Il s’est trouvé de rares avocats pour estimer qu’une femme répudiée était fondée à exprimer son amertume et ses ressentiments. Et que le procédé du livre à scandale était de bonne guerre. Oui, à supposer que la vie de couple soit une guerre et que le débat public puisse se nourrir des contributions de tous les combattants, des munitions de tous les militaires planqués, de tous les tirs dirigés bien au-dessous de la ceinture. En l’occurrence, la personne du Président de la République n’est pas seule en cause. Son ancienne compagne n’est donc pas une sorte de Christine Angot, le talent en moins, légitime à faire grand déballage de sa vie privée. Une limite a été franchie et ceux qui se réjouissent plus ou moins ouvertement de l’affaiblissement que cette transgression pourrait provoquer devraient bien y réfléchir à deux fois. Qu’adviendra-t-il demain de notre vie démocratique si chacun est autorisé, par les encouragements ou la simple veulerie des autres, à supprimer toutes les frontières entre la vie la plus intime et le music-hall qu’est devenue la politique ?

Et en deçà de la fonction présidentielle, il y a un homme, un dirigeant de gauche présenté comme méprisant le peuple et les pauvres, un militant qui serait dépourvu de cœur et même de tout affect, un animal politique à mille lieues de l’humanisme dont il se réclame. Qui peut vraiment croire de telles affirmations, sinon ceux-là même qui ont envie d’y croire ? L’auteure aurait dû lire « Pourquoi je n’ai écrit aucun de mes livres » de Marcel Bénabou.

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