C’est à douter de tout. A Rome, pour l’ouverture de la semaine sainte, la fête des Rameaux a été gâchée par le syndicat italien des producteurs d’olive. Ces arboriculteurs à la mission quasi divine ont exigé que les croyants renoncent à brandir des branches d’olivier, comme ils l’avaient fait, quelques années auparavant, lors de l’entrée de Jésus à Jérusalem. Selon ces Italiens irrespectueux, les oliviers sont menacés par une bactérie qui aurait pu se propager si l’on avait agité de vrais rameaux. Pas plus qu’on ne peut imaginer le Canal du Midi sans platanes, nul catholique ne peut concevoir les Rameaux sans olivier. Car il n’est pas sérieux d’utiliser des branches de sapin comme le font les chrétiens de Laponie ou des feuilles d’érable telles qu’on les voit dans les églises du Québec. N’importe quoi !

Mais cette extraordinaire amputation d’une cérémonie sacrée oblige à poser la question angoissante de ce jour : et si l’on venait à manquer de gigot d’agneau, accessoirement de flageolets, pour les festivités de Pâques ? C’est une perspective effrayante. Pâques sans gigot, c’est l’Alsace sans la Lorraine, Halloween sans citrouille, c’est un radis sans beurre, un œuf sans sel, un baiser sans moustache, un militaire sans uniforme, un manouche sans guitare, une sorte de queue de poisson d’avril. Et allez savoir s’il ne faudra pas remplacer les haricots par des brocolis, des concombres, du quinoa ou d’autres horreurs sans nom !

En vérité, le risque est moindre pour les légumes. Car la véritable cause de la pénurie de mouton réside, rappelons-le, dans la concurrence des musulmans. Ceux-ci partagent avec les catholiques la passion, si l’on ose dire, de l’agneau. Ils en font bombance lors de la fête du sacrifice d’Abraham-Ibrahim et en toutes occasions. Ajoutez à cela le laxisme trop peu laïque de ces maires qui vont jusqu’à autoriser la merguez et le carré d’agneau dans les menus de substitution de leurs cantines scolaires et vous aurez compris l’ampleur du problème. Où donc peut bien se trouver la nouvelle Jeanne d’Arc qui boutera les ovinivores infidèles hors de France ?

Reconnaissons, car il faut être juste, que même les mécréants vaticanophobes remercient l’église catholique d’avoir instauré un régime maigre rigoureux pour le vendredi saint. Il n’est guère que quelques provocateurs fanatiques pour perpétuer le rite de l’andouillette sauce moutarde, des agapes de boudin et de la course aux pieds de cochon en cette journée exceptionnelle. Ces blasphémateurs d’un autre âge se privent par, dogmatisme, de coquilles St Jacques, de homards et de langoustes, la sainte trinité de la stricte observance. Ne pas oublier cependant que la langouste provoque des maux de tête à partir de la troisième bouteille de rosé.

En dernière minute, nous apprenons que les boucheries du Sud-Ouest auraient été approvisionnées en gigots venus d’Angleterre. Rien n’est parfait. On nous dit aussi que le pape François aurait, hier comme l’année dernière, lavé et embrassé les pieds de petits orphelins. A peu près ce pourquoi le pauvre Georges Tron vient d’être renvoyé aux assises. Où est la justice divine ?