Même si la tradition s’en perd un peu, comme c’est le cas de toutes les coutumes ayant trait au papier (lecture, écriture, devoirs de vacances, etc.), la vogue des blagues du 1er avril se maintient vaille que vaille. D’abord parce que les enfants adorent cette autorisation délivrée par le calendrier de faire des bêtises généralement interdites. Une chaîne de télévision montrait, mercredi dernier, une classe de cours préparatoire dont l’instituteur, un peu complaisant, arborait une vingtaine de poissons accrochés à sa blouse. Les journalistes interrogeaient l’une de ses élèves. Et la mutine blondinette dévoilait ses plans : « Je sais ce que je vais faire à midi ; je vais mettre du sel et du poivre dans le café de mon papa ! » Petite ingrate. Quant à la blouse, il ne s’agissait pas d’une farce ; il existe encore des maîtres qui en portent. Des grises. C’est à n’y pas croire.

Dans la presse, spécialement la quotidienne écrite, le poisson d’avril continue également à frétiller, quelque part entre l’Os à moelle et l’Almanach Vermot. On peut dresser quelques catégories de ces canulars qu’adorent vos journaux. Les nouvelles insolites : un ovni avec Martiens au fin fond du Calvados, un mammouth fossile réanimé dans un supermarché, un maire qui allonge la durée des feux verts et diminue celle des feux rouges. Classique. Autre genre, les inventions prodigieuses : l’eau en poudre, la tasse pour gauchers, la machine à faire des frites en zig-zag, le mérou hybride adapté à l’eau douce. C’est un filon inépuisable. Les farces les plus réussies sont toutefois celles qui présentent un petit air de vraisemblance : Ibrahimovic aurait traité la France et les arbitres de merdeux ; la courbe du chômage ne se serait pas inversée ; le petit Nicolas envisagerait de se représenter à l’élection présidentielle… Mais où vont-ils chercher des idées pareilles ?

Pour la palme de cette année, il fallait lire le Bien Public, quotidien assez droitier de cette Bourgogne qui dispute au Sud-Ouest et à l’Alsace le premier rang des classements gastronomiques. Le journal titrait : « Exclusif. Le jambon persillé bientôt prescrit médicalement » Une étude menée par le New Pike Hospital du Massachussets aboutissait à la conclusion incontestable que le persillé pouvait venir à bout de maladies aussi variées que les verrues plantaires, la xylostomiase, l’incontinence urinaire ou la pousse des ongles. Mais on peut se demander, à Toulouse, ce qu’est le jambon persillé. Très simple. Les charcutiers de la Côte de Beaune et de la Côte de Nuits broient les talons de jambon, les mêlent à de l’ail et du persil et les font cuire en gelée. Ce résultat est délicieux. C’est, si l’on veut, un très savant mélange d’escargot et de cochon qui ne soigne cependant que la faim. Avec cette promotion fallacieuse du jambon, le Bien Public n’aurait-il pas lui aussi versé dans l’islamophobie ?

Car il faut bien noter qu’un des premiers poissons d’avril répertoriés figure dans le Nouveau Testament. Mais si, rappelez-vous, cette histoire de multiplication des pains et des poissons !