« Dans la famille Le Pen… je demande la petite-fille. » D’où vient que les tensions politiques au sein du FN s’analysent toujours comme de sordides querelles familiales autour d’un héritage, à la façon de Balzac ou à celle de Mauriac ? C’est au point que les journalistes n’hésitent pas, ces jours-ci, à convoquer les grands mythes grecs : Œdipe, les Atrides, la fille d’Agamemnon, etc. Pour dire le vrai, les Le Pen proposent plutôt l’image de la famille Adams pour la noirceur ou, pour la gaudriole, de la famille Duraton qu’écoutaient les plus anciens d’entre nous sur Radio Luxembourg.

Jean-Marie Le Pen a donc cédé une nouvelle fois à ses vieux démons, tout dépité qu’il est de voir que sa fille parvient, en cultivant les pires ambiguïtés, à réunir plus d’électeurs désorientés qu’il n’en avait lui-même séduit avec ses provocations odieuses. Il a choisi de proférer à nouveau ses insanités sur les chambres à gaz « détail de l’Histoire ». Quoi qu’on pense du Front national et de sa prétendue modernisation, cet antisémitisme barbare est bien le fondement de la « pensée » de l’extrême-droite française. C’est bien la haine des Juifs qui réunissait Le Pen et sa vieille garde, les Gollnisch, Duprat, Brigneau ou la très vichyste et très bien nommée Madame Lehideux. Le chef vient d’ailleurs de rappeler que le FN compte beaucoup de « fervents pétainistes »… Beaucoup, vraiment ? Le temps passant, ce réservoir très particulier devrait bien se tarir définitivement.

D’où l’intérêt que présente la nouvelle héritière, cette Marion Maréchal elle aussi bien nommée. On croit souvent qu’une jeune femme plutôt jolie, apparemment douce, est nécessairement plus modérée que sa tante ou son grand-père. Pas du tout. Marion est la véritable héritière, la plus proche de son papy, la plus réceptive à ses thèses négationnistes. Elle représente la seule vraie possibilité que la vague brune vienne submerger la vague bleu marine. Inquiétant, car elle pourrait prendre, lors des prochaines élections régionales, la tête de la liste d’extrême-droite dans la région PACA, rôle que JM. Le Pen s’était déjà attribué. Existe-t-il un mot spécifique pour désigner une enfant grand-parricide ?

Prise dans l’étau des générations, Marine Le Pen est sortie de ses gonds. Accusée de tolérer l’homosexualité, les électeurs de gauche et la religion juive, aidée de ses lieutenants que le patriarche considère comme de dangereux gaullo-communistes, elle tape sur son père sans plus aucune retenue. Elle avait déjà chassé ce Tanguy à l’envers du château familial où il s’incrustait, malgré l’agression mortelle perpétrée par son chien (peut-être un berger allemand) sur la chatte de fifille. Elle avait aussi condamné sa sortie contre le chanteur Patrick Bruel auquel il promettait « une nouvelle fournée »… ce qui avait fait dire à un journaliste pourtant talentueux et prudent : « Marine Le Pen est condamnée à subir les saillies de son père ». Puisqu’on vous dit que l’affaire est œdipienne. Comment se terminera-t-elle ? Pour le savoir, reportez-vous à la très belle série de fascicules que Luc Ferry publie, aux marges du Figaro, sur le thème « Mythologie et Philosophie ». Edifiant.

Publicités