On ne badinait pas avec l’amour. Mais au Pays du Matin Calme, on pourra désormais connaître des journées agitées. La Cour constitutionnelle sud-coréenne vient en effet de juger que l’article 241 du code criminel était contraire à la Constitution du pays en ce qu’il « réduisait la liberté des individus de choisir leurs partenaires sexuels » et ne « reflétait plus la manière de penser de la population. » Bien que le tribunal suprême ait évoqué la manière de penser, le fameux article 241 criminalisait l’infraction d’adultère depuis 1953, date de naissance de la Corée du Sud.

Par la faute du régime de Pyongyang, cette Corée du Sud, comparée à son aimable voisin, est souvent considérée comme le paradis des libertaires, le « Terminus radieux » comme dirait, à un autre propos, l’écrivain Antoine Volodine, le pays de la douceur de vivre et de l’éternel sourire.

La réalité est un peu différente. L’ultra-libéralisme économique s’accompagne d’un régime politique assez proche de la dictature, comme à Singapour, autre « dragon » de l’Orient extrême. Les manifestations, qu’elles soient le fait des étudiants ou des ouvriers, sont réprimées avec une violence inouïe. Sous la protection de l’armée américaine, la Corée du Sud n’en est pas moins très policée et très militarisée. Les grands groupes industriels, les chaebols comme on les appelle, Hyundai, Samsung, Kia et autres, ont leurs propres milices. Séoul n’est pas San Francisco.

Et depuis 1953, 100.000 citoyens de ce beau pays ont été condamnés en vertu du texte aujourd’hui abrogé. C’est sans doute assez peu au regard de la population totale qui s’élève à 49 millions d’habitants. Malgré les sanctions médiévales encourues – jusqu’à 2 ans de prison – les Coréens sondés avouaient avoir déjà commis l’adultère pour 25 % d’entre eux, dont 20 % d’hommes et 5 % de femmes. Le rapprochement, pour le dire ainsi, de ces deux derniers chiffres laisse à penser : soit les Sud-Coréennes infidèles sont de vigoureuses polyandres, soit elles ont un peu tendance à mentir… A vérifier.

En vérité, la loi pénale était presque tombée en désuétude. Elle n’était plus guère utilisée que comme une menace dans les procédures de divorce où les femmes, souvent très désavantagées économiquement, brandissaient l’article 241 pour obtenir des indemnités plus confortables. Prison ou pension, les maris volages avaient vite fait de choisir.

Une bonne nouvelle n’arrive jamais seule. Très logiquement, la suppression du crime d’adultère a fait frémir la bourse de Séoul. Les actions du groupe Unidus, premier fabricant de préservatifs (avec des marques telles que « Long Love », « Real Touch » ou « Fantasia » ont bondi de 15 % en une seule journée. Le journal « Le Monde », qui s’en amuse de façon égrillarde, n’a pas osé suggérer que c’était la version coréenne du redressement productif. Voilà, c’est fait.