Le Pen est à la peine, et le front touche le fond. Nous aurons entendu toutes les plaisanteries imaginables à propos de l’étonnant spectacle que donne la famille dirigeante de l’extrême-droite, une pantalonnade qu’on présente comme une tragédie antique et qui a tous les airs d’une mauvaise comédie de boulevard.

Reconnaissons toutefois aux scénaristes de ce vaudeville une certaine inventivité : il n’est pas très banal de voir des enfants déshériter leurs parents, c’est vrai. Quelques répliques sonnent également assez juste. Lorsque l’avocat Gilbert Collard s’en vient critiquer le patriarche de Montretout pour l’une quelconque de ses observations historiques honteuses, les observateurs les moins suspects de sympathie pour le mussoli-nigaud se réjouissent quand même d’entendre celui-ci répliquer d’un très martial : « Ferme donc ta gueule, espèce de collard ! » Puisqu’ils ne font de tort qu’à eux, pourquoi ne pas en rire ?

Et ce Le Pen qui troque, tout à coup, ses chants allemands préférés contre le Chant du départ, n’est-ce pas amusant aussi ? Et lorsque Carl Lang dénonce, avec d’autres anciens du FN ayant quitté ce parti qu’ils jugeaient trop modéré ( !), « l’euthanasie » dont serait victime le doux Jean-Marie si souvent accusé d’avoir torturé en Algérie, n’y a-t-il pas là un effet comique irrésistible ?

Il restera, quand cette tempête dans un gobelet se sera apaisée, comme le Danube qui n’est qu’un ruisselet au pied de Sigmaringen, que mesdemoiselles Le Pen fille et petite-fille se seront donné à bon compte une sorte de virginité politique en privant leur père et grand-père de son titre extravagant de président d’honneur tenant des propos déshonorants. Car il faut bien rappeler qu’elles se sont longtemps accommodées de la verve nauséabonde déversée par le ténor de leur opérette, le chef d’orchestre de leur valse brune. Les chambres à gaz ? Un « détail » de l’Histoire, comme s’il s’agissait d’une technique en vogue chez les tueurs des abattoirs et non d’une question d’humanité. Pétain, un patriote ? Rappelons, pour les plus jeunes, que l’homme a été condamné à mort pour trahison, intelligence (simple façon de parler) avec l’ennemi. Le Pen lui-même, Français depuis mille ans quand Manuel Valls ne le serait que depuis une trentaine d’années ? C’est sans doute de cette hypermnésie d’outre-tombe que lui vient sa forte odeur de moisi. Quant à l’alliance avec Vladimir Poutine pour défendre « L’Europe boréale » et sauver le monde blanc, elle dépasse les divagations du Norvégien Andréas Breivik et donne, par contrecoup, au tsar de toutes les Russies un air de François Bayrou.

Comme les dames de Loudun, Marine et Marion Le Pen étaient possédées par le démon. Au lieu d’user de crucifix, de gousses d’ail et de pieux épointés, elles ont choisi d’aller au plus simple, de tuer le diable. Excellent choix. Cessons, à la fin, de convoquer Agamemnon ou le Roi Lear dans une affaire qui évoque plutôt la saga familiale télévisée « Shameless », titre que les Québécois traduisent par « Sans regret » mais qu’on pourrait tout aussi bien appeler « Toute honte bue », ne serait la crainte judiciaire inspirée par les plaidophiles du FN.

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