Apparemment, la SPA du Languedoc est un peu désœuvrée. Sa présidente a déclaré de façon péremptoire : « Il n’y a pas de place pour la torture dans la culture ! » D’accord, mais de quoi s’agit-il exactement ? Aurait-on rejoué à Montpellier « La dernière tentation du Christ » ? Le maire de Béziers aurait-il transporté la station de métro Charonne sur les allées Paul Riquet ? Monsieur Le Pen aurait-il écrit le scénario de la gégène appliquée à Dieudonné ?

L’affaire est autrement plus grave. Le metteur en scène Rodrigo Garcia, qui présente « Accidens » à Montpellier, propose une scène où l’un des comédiens découpe un homard vivant avant de le cuire et de le déguster. Le contraire, en somme, du célèbre « Omar m’a tuer » écrit en lettres de sang. Bilan : un homard mort chaque soir, soit environ dix fois moins que dans le moindre restaurant de fruits de mer de Palavas-les-Flots. A notre connaissance, les homards, qui ne crient pas ou alors très discrètement, ne sont pas endormis non plus dans les cuisines des brasseries spécialisées avant d’être disséqués.

C’est même un des plaisirs du connaisseur de choisir son décapode dans le vivier placé au milieu de la salle pour égayer les convives comme on faisait autrefois en montrant aux citoyens romains les chrétiens qui allaient être donnés aux lions. Certes le homard nous fait un peu honte avec son étrange manie de devenir rouge dès qu’on le torture un peu. Notons cependant qu’il est infiniment moins cruel de tuer l’animal avant de le faire cuire (grillé, rôti, au court-bouillon et mayonnaise, cela ne se discute pas) que d’avaler les huitres vivantes sans aucun égard pour leurs couinements, très discrets eux aussi. Mais qui s’intéresse aux huitres ? Ou à la truite qu’on jette vivante dans l’eau bouillante ? Ou aux escargots massacrés sans aucune anesthésie préalable ?

Qu’il s’agisse du homard ou du taureau de combat, les zoophiles militants voient rouge dès qu’on s’attaque aux animaux, y compris avec l’objectif, majoritairement admis même s’il n’est pas incontestable, de les manger. Ne sourions pas de ces enragés du « No steak » puisqu’ils sont libres de se priver de charolais et de bœuf de Kobé. Quant à ceux qui veulent que les bêtes de nos campagnes soient élevées et tuées dans un plus grand confort, ils ont raison, même si le mot « confort » est assez incongru pour l’abattage ; l’homme ne perdra pas de son humanité en traitant les animaux avec moins de cruauté. Les esprits forts pourront encore dire qu’il est plus urgent de s’occuper des enfants qui meurent de faim que des canards qui meurent de gavage. C’est vrai, mais il est tout aussi certain que les gosses ne mourront pas plus au Darfour, au Bangladesh ou au Kurdistan si l’on traite les poulets convenablement.

Il faut voir le beau film « La vie sauvage des animaux domestiques » de Dominique Garing pour apprendre que veaux, vaches, cochons, dindons ont leur idée sur la question. Mais on n’y voit aucun homard, mort ou vif.