En regardant le marathon de Paris, qui se courait sous un ciel vraiment printanier, on était en droit de se demander pourquoi les plus grandes villes du monde organisent à très grands frais ces courses interminables dont les premiers classés, chez les femmes comme chez les hommes, sont des Kenyans et des Ethiopiens parmi lesquels s’intercale parfois un Ougandais, un Erythréen ou une Tanzanienne. Tous parfaitement inconnus et interchangeables. On peut d’ailleurs éprouver le même étonnement au spectacle des matchs du championnat de France de basket-ball, une compétition dominée par des joueurs américains qui ne seraient pas titulaires en deuxième division aux USA et qui coûtent très cher aux municipalités concernées.

Il faut donc préférer à cette notoriété en plaqué or le parfait anonymat des sportifs qui marquent une distance désabusée vis-à-vis de leur discipline. Une coureuse de 100 mètres iranienne, en collant et foulard noirs, qui parvient à rallier la ligne d’arrivée juste avant qu’on éteigne les lampadaires du stade. Ce slalomeur ghanéen qui participait aux Jeux Olympiques d’hiver sous le surnom-programme de « Léopard des neiges ». Ou toujours en ski alpin, ces champions du Maroc ou du Liban qui font leur descente olympique en chasse-neige pour ne pas hypothéquer leurs chances lors de leurs prochains championnats nationaux. Et encore une pensée émue pour les pagayeurs par équipes venus des Samoa ou de Papouasie et qui, malgré leur entrainement quotidien, finissent à mille encablures des kayakistes biélorusses et ukrainiens. C’est à pleurer.

Remercions donc le journal « Le Monde » d’avoir retrouvé et mis en vedette sur une pleine page le nageur équato-guinéen Eric Moussambani. On avait oublié un peu vite ce sportif hors normes. En 2000, sa fédération nationale avait publié des petites annonces pour recruter des « sprinters » un mois avant les Jeux de Sidney. Eric avait été le seul candidat. Même pas peur ! Il était parti à Sidney pour se mesurer aux monstres américains, français, sud-africains et aux redoutables australiens qui nageaient à la maison et qui allaient donc nécessairement être avantagés par les arbitres au cas d’égalité chronométrique. Mais il n’y eut pas de classement ex-aequo pour Eric-le-Noir. Tous les requins de grand bassin (lui-même s’entraînant dans une sorte de pédiluve de 14 mètres dans un hôtel de Malabo) s’entredévorèrent aux alentours de 48-49 secondes sur 100 mètres. Le champion équato-guinéen vint à bout de ces deux longueurs de bassin en 1 minute et 53 secondes, un temps qui ne lui aurait pas permis d’accéder à la finale cantonale des benjamines de Montaigu-de-Quercy. Il aurait pu, il allait prendre sa revanche en 2004 aux Jeux d’Athènes si sa fédération n’avait pas égaré la photo dont il avait besoin pour son passeport… Pas rancunier, le Johnny Weissmuller d’Afrique centrale a accepté d’entraîner la sélection nationale de son pays en vue des Jeux de Rio. Que Florent Manaudou, Yannick Agnel et autres Camille Lacourt se le tiennent pour dit !

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