« C’est une poupée… » Michel Polnareff fait non, non, non. Il n’est pas content, mais alors pas du tout. Il réclame un million d’euros à Cetelem, entreprise de crédit à la consommation. Il s’estime « ridiculisé ». Diable, quelles sont les raisons de cette colère ?

Une des évolutions récentes les plus remarquables de la publicité tient en une sorte de slogan : il faut se moquer des gens. C’est la veine comique choisie par Cetelem qui inonde, depuis quelques années déjà, les écrans avec une série de spots mettant en scène un adolescent attardé et joufflu qui tente de placer des contrats de crédit en se déguisant afin de ressembler à une espèce d’humanoïde vert mousse qui tient lieu de mascotte à l’entreprise. Ses efforts sont évidemment vains et il vient en rendre compte, la larme à l’œil, à ses parents qui guettent les résultats. Les parents ? La mère est une blonde de type bovin qui est censée rappeler Marylin Monroe dont elle porte la robe célébrissime de « Sept ans de réflexion ». L’effet est consternant. Quant au père, qui s’écrie « C’est dingue ! C’est son sosie craché ! », il campe un Polnareff sur le retour plutôt réussi avec de grosses lunettes noires et blanches, comme dirait Thierry Ardisson, et une coiffure en dessous de bras, comme disait Bernard Giraudeau. Au fil des épisodes, la galerie de sosies s’est enrichie d’un Bruce Lee à l’accent marseillais et d’un Michael Jackson de pacotille venu de Seine-Saint-Denis. Les « héros » de la série ont en commun d’être stupides… et d’être morts. Sauf Polnareff.

C’est là qu’est le problème. Michel Polnareff a beaucoup fait pour se caricaturer lui-même. Rappelons-nous sa chanson « Je suis un homme » ou cette affiche d’un concert à l’Olympia où il montrait ses fesses en soulevant sa robe champêtre. Après un long exil fiscal aux Etats-Unis, où il est à peu près aussi célèbre que Sarah Palin dans le Berry, il est revenu triomphalement à Bercy et ses spectacles étaient suivis par des cohortes de sosies énamourés et tout aussi ressemblants que celui de Cetelem. Michel-la-frisette posait complaisamment avec eux et paraissait les trouver parfaits d’élégance et de distinction. Comme on le dit parfois d’Alain Delon ou de Brigitte Bardot, ce doit être difficile d’avoir été autrefois Michel Polnareff et d’être devenu aujourd’hui Michel Polnareff. Au demeurant, les défilés de sosies sont aussi attendrissants que pathétiques. Voyez ces milliers d’Elvis Presley hyper-gominés en costume blanc pailleté qui jouent de l’ukulélé en oubliant le vrai rocker de Memphis. Voyez encore ces dizaines de Dutronc, Hallyday, Mitchell qui traînent leur nostalgie en Perfecto à la sortie des « Vieilles canailles », music-hall d’outre-tombe ou presque. Voyez enfin, ce sont les plus émouvants, ces Cloclo peroxydés qui poussent encore comme des champignons.

Ridicule, Polnareff, vraiment ? Un peu d’indulgence. Il sera beaucoup pardonné à l’extraordinaire mélodiste ayant composé « Love me, please love me » ou le magnifique « Bal des Laze ».

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