Edgar Faure le signalait autrefois avec gourmandise, dans notre pays, il existe deux moyens très sûrs de perdre le pouvoir : réformer le Sénat ou réformer le collège. Plus encore que la Haute Assemblée, le collège concentre tous les risques car il concerne tout le monde. La population française, pour une fois unanime, le critique en permanence mais dès qu’on y touche on provoque l’unanimité inverse : élèves, enseignants, parents, élus n’ont plus qu’un seul mot d’ordre : « Touche pas à mon collège ! »

Et dans les rangs de l’UMP ou dans les colonnes du Figaro monte un lamento nostalgique. C’était mieux avant. On en sourit sans jamais se poser la bonne question : et si c’était vrai ? Pour cette fois, la vaillante Najat Vallaud-Belkacem a choisi d’envoyer ses cordées à l’assaut du massif du Collège Unique par deux voies différentes et tout également escarpées. La face nord de l’organisation et le couloir sud des programmes.

Pour le contenu de l’enseignement, le mot à la mode est celui d’interdisciplinarité. Pourquoi cela ? Parce que, nous dit-on, « les élèves s’ennuient ». Autrefois, à la Préhistoire, la récréation suffisait à les désennuyer. Désormais, l’enseignement doit être ludique, interactif et donc interdisciplinaire. Un exemple ? Euréka ! Tout corps plongé dans un liquide (physique) peut parcourir deux lignes droites de 50 mètres (géométrie) en 48 secondes environ (EPS) à condition de ne pas être revêtu d’une burqa (éducation civique). Ajoutez à cela le jargon « pédagogiste » des théoriciens de l’éducation nouvelle et vous comprendrez qu’on ne parle plus de collégiens mais de citoyens participant à l’échange de savoirs en horizontalité… Inutile d’apprendre cette définition par cœur puisque, c’est la nouveauté prodigieuse, tous les termes en sont interchangeables.

Quant à l’organisation, on avait testé avec quelque succès les internats d’excellence, les classes bilangues, les sections européennes ou encore la résurgence du grec et du latin. Ces expériences sont abandonnées car elles seraient « élitistes ». Oui, oui, dans les filières de la méritocratie républicaine, le mot « élite » est désormais condamné. C’est la victoire d’Ernesto Guevara sur Jules Ferry, si l’on peut dire. Le Che avait sa vision stratégique, peu ratifiée dans les faits : « La vitesse de mon armée, c’est celle du dernier de mes hommes. » A l’inverse, les maîtres à l’ancienne, ceux des 3e et 4e Républiques, pensaient que leur devoir était de prendre la main des plus lents et de les conduire plus loin, plus vite, plus haut vers l’excellence. Au prétexte, qui n’est pas mince convenons-en, de la mise en place d’un enseignement de masse, on abandonne cette conception exigeante pour une seule nouvelle discipline confuse et globalisante, la grammaire moderne des adjectifs impératifs : développement durable, énergie renouvelable, commerce équitable, tourisme solidaire, école citoyenne, démocratie participative… et inculture généralisée.

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