François Hollande à la barre. Dieux, que cette image était belle de notre président tenant d’une main sûre et ferme le gouvernail de « L’Hermine » entre Rochefort et l’île d’Aix ! Oubliés les sarcasmes de Jean-Luc Mélenchon sur le capitaine de pédalo. 65 mètres de long, 47 mètres de hauteur de mât, un cinquième d’hectare de voilure, le chef de l’Etat avait décidément bien belle allure.

Les dizaines de milliers de badauds étaient même prêts à l’applaudir si on le leur avait suggéré. Etrange, d’ailleurs, cette passion des Français, peuple aux racines terriennes et paysannes, pour les choses du grand large à la manière du 18e siècle. Des foules immenses s’attroupent sur les quais de Nantes ou de Rouen dès qu’on annonce la venue du « Belem » ou du « Krusemstern », bateaux-écoles de légende. Les mêmes et d’autres se rassemblent encore au départ et à l’arrivée de ces courses transatlantiques où des catamarans géants et capricieux, guidés au GPS comme n’importe quelle Renault Twingo, barrés par des skippers français pour neuf sur dix d’entre eux, s’affrontent en de longue régates sponsorisées par des assurances mutuelles basées dans les Deux-Sèvres où n’existe aucun port ou par le café du « gringo » de Jacques Vabre qui sévit du côté de Medellin. Etrange vraiment cette mémoire de Surcouf ressurgissant au fin fond de l’Indre ou de la Haute-Marne.

On voit bien cependant le bénéfice politique escompté par François Hollande. Sa navigation était métaphorique. L’homme tient le cap. Il est adapté au gros temps. Il ignore les écueils et les récifs. Il est prêt à récupérer les naufragés, moins nombreux en Charente-Maritime qu’à Lampedusa. S’il le faut, il est même paré à l’abordage.

Cette belle histoire n’est pas exempte de risques. Certains se rappellent que les jeunes giscardiens (on peine à croire que semblable ligue ait pu exister) avaient inventé le slogan « Giscard à la barre ». Mais le fringant capitaine habitué aux lacs du Puy-de-Dôme n’avait pas vu venir le cyclone du second choc pétrolier. Il avait sombré. Autre référence très fâcheuse, l’île d’Aix a vu deux sévères défaites de Napoléon. En 1809, lorsque les Anglais ont jeté leurs brûlots contre la flotte française qui devait forcer le blocus des Antilles. En 1815 surtout, quand l’empereur qu’on avait connu moins crédule, attendait de la mansuétude britannique d’être conduit aux Etats Unis, sur les traces de La Fayette et pour y suivre l’exemple du sage Cincinnatus. On connaît la suite.

« L’Hermine » arrivera à Yorktown le 5 juin et devrait s’amarrer à Manhattan aux alentours de l’Independence Day. On compte, sans trop l’annoncer, sur une venue à bord de Barack Obama. Pas sûr. Même si ce n’est pas son cas personnel, les Afro-Américains cultivent une mémoire doloriste et une imagerie sulpicienne à propos des traversées de l’Atlantique à la voile. Ces gens n’ont pas d’humour.

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