L’Allemagne souffre d’un grave déficit démographique. Les Allemands ne font pas assez d’enfants et la population d’outre-Rhin est vieillissante, surtout quand on la compare à celle de l’Irlande, nation féconde pour des raisons religieuses, ou de la France, également en pointe pour on ne sait quels motifs. Cette situation qui pèse sur le financement des retraites de nos voisins rend les dirigeants allemands extrêmement sourcilleux sur toutes les questions relatives à la stabilité de l’euro et à l’équilibre budgétaire des pays de l’Union. Comme avec la courbe du chômage chez nous, il est devenu urgent d’inverser la tendance teutonne à la dénatalité.

Malgré l’affection très manifeste, et bien payée de retour, qu’elle éprouve pour François Hollande, il ne semble pas qu’Angela Merkel soit prête à payer de sa personne pour retrouver le chemin de la croissance démographique.

C’est sans doute ce qui a conduit Madame Annegret Raunigk, enseignante berlinoise, à concevoir des quadruplés. Une nouvelle excellente si elle n’était pas ternie par trois difficultés. Nous avons écrit « concevoir » en attribuant la conception à la seule Annegret car elle a recouru, pour ce faire, à plusieurs inséminations artificielles. Nulle part, dans la presse, il n’est question de M. Raunigk. Les journaux parlent de cette affaire car notre enseignante – elle professe l’anglais et le russe, ce qui est sans rapport avec le sujet – a déjà 13 enfants et 7 petits-enfants, deuxième ombre au tableau. C’est d’ailleurs à la demande pressante de sa plus jeune fille âgée de 9 ans qu’elle a décidé de lui donner un petit frère ou une petite sœur. La gamine va être servie. Troisième problème, la future jeune maman a fêté ses 65 printemps.

Invitée à s’expliquer par tous ceux qui se mêlent de ce qui ne les regarde pas dès lors qu’on a bien le droit d’accoucher à l’âge qu’on a choisi, Madame Raunigk a déclaré ne pas voir où pourrait se nicher le moindre obstacle. Elle est, dit-elle, en excellente santé ; on n’aura donc pas à transporter la salle de travail dans le service de gériatrie. Elle aura du temps libre puisqu’elle doit prendre sa retraite avant même le quadruple heureux événement. Quand on y pense, ces Allemands, qui donnent si volontiers la leçon alors qu’ils n’ont jamais bénéficié du talent de Martine Aubry, en sont encore à maintenir au travail des mères de 13 et bientôt 17 enfants… Quelle honte ! Enfin la toujours jeune maman estime que la jeunesse est un état d’esprit et pas un état civil. Elle a bien raison. Imaginons tous les soucis de succession que s’épargneraient Liliane Bettencourt et sa fille unique si la première donnait à la seconde quatre ou cinq cohéritiers. Comment ne pas recommander aujourd’hui, même si nous l’avons déjà fait, la lecture du livre de Stephen Vizinczey « Eloge des femmes mûres » ?

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