Qui n’a pas encore son passeport du Liberland ? Nous avons manqué, voilà peu, l’occasion d’acquérir à bon compte la nationalité écossaise mais il est possible de se rattraper aujourd’hui en devenant citoyen liberlandais.

Rien n’est beau comme la naissance d’une nation. Pour qu’elle prenne la forme d’un Etat et qu’elle soit donc prise au sérieux, il lui faut un territoire. Contrairement à une idée reçue, il existe encore des étendues libres de droits et de réclamations. Quelques îles perdues, quelques versants abrupts, ou encore des mares en déshérence ou des failles abyssales. Après la violence des conflits dans l’ex-Yougoslavie, de 1991 à 1999, le dernier endroit où l’on s’attendait à trouver une terra nullius, un espace exempt de toute revendication, était bien la vallée du Danube, surtout à la frontière de la Croatie et de la Serbie.

C’est pourtant là que Vit Jedli?ka, un Tchèque ne portant aucune responsabilité dans les guerres balkaniques, a déniché l’enclave de Siga, située sur la rive occidentale du fleuve, un vaste terrain de 7 km2 dont personne ne veut. Il y a aussitôt proclamé la « République constitutionnelle avec démocratie participative » de Liberland dont la devise « Žit a nechat žit » peut être traduite par Vivre et laisser vivre. Ce bon chef d’Etat est, on l’aura compris, un libéral-libertaire, une sorte d’Emmanuel Macron à la mode tchéco-serbo-croate.

Le parti des citoyens libres dont M. Jedli?ka est, pour l’heure, le seul membre n’est pas pour autant un parti unique. Le Liberland a simplement posé, dans sa Constitution, que les néo-nazis, les communistes et tous les extrémistes étaient inéligibles à la citoyenneté du pays. Quand on est coincé entre la Serbie et la Croatie, il est assez prudent de se montrer centriste et modéré. Voilà peut-être enfin une terre d’élection pour François Bayrou !

L’objectif du nouvel Etat est de créer une société où les honnêtes citoyens peuvent prospérer sans lois, règlements et impôts d’Etat inefficaces et contraignants. A l’exception de l’épithète « honnêtes », c’était à peu près la règle de vie de la république pirate de Libertalia, fondée vers 1695 sur la côte est de Madagascar, par une bande de forbans comprenant un curé défroqué. Pour le reste, l’organisation territoriale de Liberland devrait être calquée sur le modèle helvétique. On ne sait pas encore combien d’Etats confédérés pourraient trouver place dans les 7 km2 de l’enclave mais on devine que le travail des juristes va s’apparenter à de la marqueterie. En attendant que la crypto-monnaie liberlandaise ait vu le jour ( ?), toutes les autres devises sont acceptées comme moyens de paiement libératoires. Les politiciens actuels et futurs ont cependant l’interdiction constitutionnelle d’endetter le pays. Le président a d’ailleurs lancé une souscription de 200 euros pour remplacer le premier drapeau du Liberland, volé par des petits malins, des spéculateurs sans doute.

Deux lectures s’imposent. D’abord « Danube » de Claudio Magris, un classique ; ensuite « L’Etat c’est moi ! » de Bruno Fuligni qui recense toutes les monarchies d’opérettes et les principautés fantaisistes ou philatéliques. Notons cependant que Liberland est un Etat largement aussi sérieux que Monaco.

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