Malgré son nom semblant sortir d’un album de Tintin, la Bosnie-Herzégovine paraît familière tellement nous en avons entendu parler. A deux pas de chez nous, ce pays demeure cependant très exotique. On y cultive la mémoire des Bogomiles, sorte de pré-Albigeois, des hajduks, bandits d’honneur, des splendeurs ottomanes, des archiducs Habsbourg, et d’une foule d’autres institutions passées de mode. A trois heures de voiture de Venise, on découvre à Banja Luka le début d’une forêt de minarets très dépaysante. C’est l’Orient.

La Bosnie (l’Herzégovine n’en étant que la partie occidentale annexée dans les faits par la Croatie) ne s’est pas très bien remise de la guerre civile qui a suivi une déclaration d’indépendance un peu intempestive, proclamée en 1992 à l’instigation de l’Allemagne et de l’Autriche. Le Maréchal Tito, lui-même d’origine croate, avait cru instaurer un équilibre durable entre les Serbes et les Croates, majoritaires dans cette république centrale de sa fédération, en inventant, comme une force d’interposition, une nouvelle nationalité, les Musulmans, en référence non à une quelconque appartenance religieuse mais à l’origine turque présumée de certains patrimoines. Cette construction précaire n’a pas résisté à la flambée de nationalismes qui a embrasé le pays depuis l’indépendance de la Slovénie, en 1991, jusqu’à celle du Kosovo décrétée par l’OTAN en 1999. Aujourd’hui, la Bosnie est dans un état de sous-développement chronique aggravé par la corruption des « élites » et par la guerre permanente qu’entretiennent les gangs pour contrôler tous les trafics.

On a essayé, le week-end dernier, de commémorer le massacre de Srebreni?a, que les Bosniens (il paraît qu’on ne doit plus parler de Bosniaques) veulent faire reconnaître comme un génocide, ce que contestent vigoureusement les Serbes mais aussi Rony Brauman, ancien président de MSF, qui connaît un peu le sujet. On n’est pas prêt d’établir la vérité historique sur cet épisode de la guerre puisque les autorités de Sarajevo ont pris, si l’on ose dire, le problème à l’envers. Elles ont fixé à 8.000 le nombre de victimes et depuis 20 ans, elles s’appliquent à retrouver 8.000 cadavres dans des ossuaires, dans des fosses communes et même dans des cimetières pour les affecter à l’une des places de leur mémorial. Avec cette façon de procéder, il est clair que les mémoires échauffées ne vont pas s’apaiser de sitôt. De fait, lors de la récente cérémonie, le premier ministre serbe, venu faire amende honorable, a été agressé par des Bosniens très surexcités et a même reçu des pierres. C’est ce qu’on appelle un « processus de paix ».

Et voilà qu’on apprend, en marge de tous ces événements historiques, que Miss Bosnie 2005, la pulpeuse Slobodanka Tosi?, a été arrêtée en Croatie et extradée vers Sarajevo pour y répondre de cinq meurtres qu’elle aurait commis ou aidé à perpétrer contre des rivaux de ses amis truands, spécialement contre son ex-fiancé. La belle, qui avait commencé sa carrière d’artiste dans les pages centrales de Playboy, invoque des problèmes de thyroïde pour contester son emprisonnement. Le journal Aujourd’hui en France présente cela à sa façon : « L’ex-Miss aimait trop les gros bonnets ». Dérèglement thyroïdien manifeste. Elle aura le temps, dans sa geôle, de lire « Il est un pont sur la Drina » d’Ivo Andri?, un roman magnifique ayant été lui aussi rebaptisé pour devenir, de façon plus banale, « Le Pont sur la Drina ». Même chose mais sans rapport géographique pour « Guerre et Paix » et « Au-dessous du Volcan ».

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