Non, la Chine n’a pas tous les défauts. On l’accuse de polluer la Terre entière avec les émissions de ses centrales à charbon ; pourtant, l’Allemagne, l’Inde ou la Pologne ne font pas autre chose. On lui reproche d’inonder le monde des contrefaçons de nos plus grandes marques ; ne devrait-on pas voir là une heureuse démocratisation des chemises Lacoste et des parfums Chanel ? Elle serait coupable aussi de produire par milliards des jouets quelquefois dangereux pour nos enfants ; Walt Disney et les Lapins crétins seraient-ils sans danger ? Cette Chine nous paierait nos Airbus et nos Peugeot avec de la monnaie de singe ; mais les Américains règlent aussi leurs importations avec un dollar en peau de lapin et ne nous achètent ni voitures ni avions.

Et voilà que, pour certains, l’Empire du Milieu serait une dictature. De quoi se déduit cette accusation gravissime ? Pékin menace d’expulser une journaliste française si elle ne s’excuse pas d’ici au 31 décembre. Pourquoi devrait-elle s’excuser ? L’intéressée a consacré plusieurs articles aux persécutions dont les Ouïghours seraient victimes de la part des autorités chinoises. On se passionne peu pour le peuple ouïghour, minorité turcophone venue de Mongolie et qui, après avoir régné sur l’extrême nord-est du continent, est aujourd’hui marginalisée dans la province du Xin-jiang. Aux yeux des Chinois, ces nomades sédentarisés n’ont qu’un défaut : ils sont musulmans et les lointains héritiers de Mao ont une véritable hantise du terrorisme islamiste.

Ils ont donc décrété à l’encontre des Ouïghours un certain nombre d’interdictions et de contraintes, ce qui a heurté la journaliste de L’Obs (notons ce paradoxe : L’Obs est l’ancien Nouvel Observateur). Une de ces obligations serait spécialement révélatrice des intentions chinoises et sournoises. Tout Ouïghour voulant ouvrir un restaurant serait tenu d’y proposer du vin, ce qu’on interdit aussi bien à Ryad qu’à Téhéran ou Peshawar, des endroits où s’épanouissent modernisme et tolérance. Le vin devrait être obligatoire, disait déjà le regretté Coluche. C’est aussi l’opinion du Chinois Mo Yan, Prix Nobel de Littérature, un point de vue développé notamment dans « Le Pays de l’alcool ».

Rappelons que le Coran ne proscrit ni le vin ni l’armagnac mais seulement l’ivresse. En imposant aux tenanciers ouïghours de mettre de l’alcool à la disposition de leurs clients, la législation chinoise ne les oblige au demeurant pas à en consommer eux-mêmes. Pas plus que de ces charcutailles dont le pays regorge. On peut donc considérer que, loin d’être discriminatoire, cette règle est d’essence laïque, respectueuse des croyances.

C’est pourquoi nous pourrions peut-être nous inspirer de la Chine plutôt que de la dénoncer en permanence. Notre système, celui de la licence IV, est franchement inégalitaire puisqu’il interdit à nombre de petits restaurateurs honnêtes de servir des apéritifs et même du vin à leurs habitués non moins honnêtes. Pierre Mendès-France avait imposé la consommation de lait dans les écoles. Pourquoi ne pas étendre cette mesure au vin rouge pour le plus grand profit des bambins qui ont vu leurs parents ripailler et s’enivrer à l’occasion du réveillon ? Merci à qui ? A M. Xi Jinping.