« Le monde est un hôpital psychiatrique dirigé par les patients. » Telle a été la forte déclaration de Tabaré Vasquez, président uruguayen élu en 2015, en suite de la présidence modeste, sympathique et truculente de Pépé Mujica. Quelle mouche montevidienne a bien pu piquer notre homme ? Voyons donc l’année qui vient de s’achever.

2015 a été dominée par le phénomène du terrorisme institutionnalisé en un « état » de type nouveau, Daesh ou le califat doté de visées universelles. L’état islamique a fait couler le sang à flots au Moyen-Orient, en Libye, en Egypte, en Turquie et en France dans les conditions tragiques ayant si fortement et si légitimement bouleversé l’innocence du monde libre : massacres aveugles, décapitations, humiliations infligées aux femmes. Après bien des tergiversations, les grandes démocraties occidentales ont fini par constituer une coalition anti-Daesh. Parmi leurs alliés privilégiés pour cette « croisade » (ainsi nommée par les fous de Rakka) figure l’Arabie Saoudite dont le quotidien est ponctué de décapitations et de négations des droits des femmes.

A Paris, 195 Etats ont signé un engagement très solennel de lutte contre le réchauffement climatique, pacte vertueux dont tous les signataires savaient qu’il était impossible à respecter. La COP 21 a cependant permis d’enregistrer les promesses de la Chine et de l’Inde, deux des principaux pollueurs de la planète. Les deux pays continuent à exploiter leur charbon et à importer du pétrole. Leurs autorités viennent d’interdire la circulation automobile à Pékin et à New-Delhi. La main sur le cœur, Barack Obama a également choisi d’engager son pays dans la lutte contre le dérèglement du climat. Et les Etats-Unis se félicitent d’avoir atteint l’autonomie énergétique grâce à l’exploitation du gaz de schiste fossile.

Restons encore un peu aux USA. L’année 2015 y a été marquée par le record des tueries directement liées, hors la folie de leurs auteurs, à la vente libre des armes à feu garantie par la constitution et regardée par les Américains, au moins depuis la ruée vers l’Ouest, comme la première de leurs libertés. Il n’y a plus grand-chose à conquérir à l’ouest de Sacramento mais le pays enregistre une forte poussée d’achat d’armes après chacun des massacres qu’il déplore.

En septembre, une seule image a suffi à émouvoir le monde entier, celle du cadavre du petit Aylan étendu sur une plage de Bodrum. « Plus jamais ça ! », avons-nous déclaré comme les poilus de 1918. L’instant d’après, la Hongrie, la Croatie, la Slovénie fermaient leurs frontières en oubliant que toutes les civilisations ayant choisi de s’isoler étaient mortes de ce choix. Et tandis que les désespérés du droit d’asile s’entassaient à Calais, l’extrême-droite arrivait très largement en tête des élections générales, comme une préfiguration d’autres drames à commettre par les dirigeants de l’asile psychiatrique.

Au-delà des vœux individuels que nous avons échangés, est-il permis de souhaiter que l’année 2016 soit marquée par un simple et nécessaire retour à la raison ? Celle de Platon, de Voltaire et d’Alain.