La trêve des confiseurs n’est pas un armistice mais un cessez-le-feu. L’expression est venue du monde sportif, comme « les poulains du président Machin » ou « après les citrons ». Elle signifie que, s’ils ne sont pas glacés ou sucrés, les marrons, les pains, les pralines, les beignes et les châtaignes sont proscrits de Noël au Jour de l’An. Dans ces conditions, autant suspendre les compétitions devenues sans intérêt. C’est donc la trêve.

Cette saine pratique s’est étendue aux luttes politiques, aux affrontements syndicaux, à l’émulation scolaire et même aux conflits conjugaux. Pourquoi n’évoque-t-on, comme motif de paix provisoire, que la confiserie ? Sans doute s’agit-il d’une bêtise de Cambrai car on pourrait tout aussi bien parler de trêve du homard et du caviar, de la dinde et du chapon, voire de l’huître et de la bûche. Encore un mystère abandonné à la sagacité des lecteurs.

Peu importe d’ailleurs puisque le fameux esprit de paix fleurant bon la crèche et le réveillon n’est absolument plus respecté. Au diable la trêve et la concorde !

Voyez les vœux des responsables politiques. De véritables règlements de comptes de Noël. Nicolas Sarkozy a dégainé le premier en présentant les siens dès la veille de la Nativité, avant même la messe de minuit. Il en a profité – l’homme est incorrigible – pour dire beaucoup de mal du président et du gouvernement. Comme un roi mage qui apporterait du fiel et du vinaigre. De façon étonnante, cet exemple a été suivi par beaucoup de bonnes consciences de gauche venues nous expliquer benoîtement qu’avec sa déchéance de nationalité François Hollande ne faisait rien moins qu’enterrer la République tout en renouant avec Vichy et Marine Le Pen. Notre Président ne s’en est pas laissé conter ; jeudi soir, au lieu de souhaiter à tous des agapes familiales détendues, il a brandi la menace de nouvelles attaques terroristes. Il a fait son Churchill : sueur, sang, larmes, et pas de langouste ! Même le très MRP François Bayrou voit l’année 2016 en noir. Au moins pour sa cote de popularité.

Les cheminots ont mis leurs TER en panne pendant les fêtes et les pilotes d’Air France ont menacé de réveillonner sur les tarmacs d’Orly et Roissy. De peur d’être en reste, La Poste a gâché cette belle période en annonçant une nouvelle hausse des tarifs postaux. Curieuse, cette manie d’augmenter le prix du timbre au seul moment où les Français en utilisent pour leurs cartes de vœux… Il va falloir remettre au goût du jour la bouteille à la mer et les signaux de fumée. Mais surtout pas de bouteille de champagne ou de volutes de havane.

Et la mairie de Paris a décidé de ne pas tirer de feu d’artifice pour accueillir la nouvelle année. Il se dit que les Parisiens traumatisés confondent le moindre artificier municipal et le kamikaze le plus déterminé. Même les castagnettes vont être interdites en 2016. Ce qui nous ramène à la châtaigne, et donc au rugby, pour une bonne nouvelle. Grâce à l’abolition de la trêve dans le Top 14, le Stade toulousain a étrillé le RC Toulon, ce qui est d’assez bon augure. Belle année 2016 !