La Chine n’en finit pas de défrayer la chronique. Le coup de mou de ses places boursières a provoqué, par contagion, une dépression de toutes les bourses occidentales. Quand Pékin s’enrhume, c’est toute la planète qui tousse. Curieusement, les eurocrates ont décidé que le moment était bon pour attribuer à l’Empire du Milieu le statut « d’économie de marché ». Malgré les subventions d’Etat à des productions exportées, malgré l’absence de mise préalable de ces produits sur le marché intérieur (qui a déjà vu un enfant chinois s’amuser avec un jouet made in China ?), malgré la surexploitation de milliers de salariés enfermés dans leurs usines et scandaleusement sous-payés, malgré le profit que tire le régime du travail des prisonniers, malgré des manipulations monétaires pires qu’au Monopoly, la Chine serait donc assimilable, pour son économie, à l’Union européenne ou aux Etats-Unis. Et ce en dépit de la dictature politique.

Celle-ci demeure pourtant active. Le Parti communiste chinois vient d’annoncer qu’il exclura de ses rangs les membres qui se livreront à des activités superstitieuses : divination, feng shui, peur des chats jaunes, etc. Ces pratiques « féodales », selon le parti, n’incluent ni la vénération de Mao ni les jeux de casino dont les Chinois sont particulièrement friands. Ce pays n’en finira jamais de nous surprendre.

Certains lecteurs nous ont reproché d’avoir un peu maltraité Taïwan dans une chronique récente (Maximum, le 10 novembre 2015) consacrée aux rencontres entre les dirigeants communistes et leurs homologues nationalistes. Mais il faut dire que notre opinion était documentée aux meilleures sources, en l’occurrence à celles de « La Boutique des miracles », remarquable roman du Brésilien Jorge Amado, où l’on peut lire : « La Chine dont il est question ici est la Chine continentale, la République populaire chinoise, l’autre, l’île de Formose, n’est qu’une ridicule et dangereuse invention des bellicistes. » Voilà qui est bien écrit.

S’il fallait des preuves de la nocivité des institutions de Taïpei, l’église catholique locale vient d’en administrer une nouvelle. Les évêques locaux désespéraient de la faible fréquentation des lieux de culte par les paroissiennes formosanes. Afin de les séduire, ils ont fait édifier une basilique ultra moderne reproduisant un escarpin à haut talon de dix-sept mètres de hauteur en verre bleu et transparent. Accusés de sexisme, ils ont répliqué en invoquant la pantoufle de Cendrillon, référence bien profane si l’on y pense. Il est loin le temps où l’on enfermait les pieds des petites Chinoises dans des bandelettes pour les empêcher de grandir…

Pour vraiment tout savoir sur Formose, il faut lire « Les Volontaires de Benyowski » de Christophe Grosdidier aux très confidentielles et très méritoires Editions du Baobab. On y suivra les aventures truculentes d’un mercenaire polono-magyar expédié par la Grande Catherine au bagne de Petropavlovsk (Kamtchatka) dont il devait s’évader en séduisant la fille du gouverneur, comme « Dans les prisons de Nantes », avant de découvrir les îles Aléoutiennes puis les Kourïles et d’offrir, en vain, la souveraineté sur l’île de Formose à Louis XV le Bien-Aimé. Un visionnaire mal récompensé puisqu’il ne reste rien non plus du royaume de Port-Louis, à Madagascar cette fois, qu’il constitua pour rendre hommage à Louis XVI tout court.