Le dérèglement qu’on croyait limité au climat agit sur le métabolisme animal. Ainsi a-t-on pu constater, pendant les dernières semaines, que les ours slovéno-pyrénéens, sans doute trompés par l’éternel été indien, avaient renoncé à hiberner. Ils batifolent comme aux plus beaux jours, se gavent de baies persistantes et semblent aussi déréglés que les orchestres de la Place Saint-Marc à Venise lesquels jouent Les Quatre Saisons de Vivaldi dans un désordre cacophonique et réjouissant.

En même temps, les loups, animaux du Nord comme en témoigne « Le Loup des steppes » d’Hermann Hesse, s’installent de plus en plus loin de leurs bases surgelées. On en a vu en Moselle, puis dans les Vosges et la Côte d’Or ; ils se sont installés en Lozère sur les traces de la Bête du Gévaudan et les voici occupés à déchiqueter de leurs crocs l’économie pastorale de l’Aveyron. C’est un paradoxe puisque le sinistre carnassier, qu’on rencontre généralement plus en Biélorussie qu’au Dahomey, devrait fuir vers le Cap Nord ou le Kamtchatka pour échapper aux caprices du climat et se réfrigérer à son aise en dévorant des rennes, des élans ou des enfants finlandais plutôt que nos agneaux, nos cabris et nos gardes champêtres.

Posons, tout d’abord, la question principale : que fait le gouvernement ? Il est presque aussi désinvolte que les grandes froidures d’autrefois. Il a commencé par la privation de neige pendant les vacances de Noël où les « estivants » d’un nouveau genre n’avaient le choix, à Courchevel ou à Saint-Lary, qu’entre le plongeon de haut vol dans les piscines municipales et le barbecue-vin rosé dans les campings. A peine les vacanciers étaient-il repartis à Paris ou dans le Nord-Pas-de-Calais, que les autorités étatiques provoquaient des chutes de neige parfaitement inutiles sur tous les massifs. On s’étonnera, après ces inconséquences, de la cote de popularité de l’exécutif…

Mais il faut bien penser aussi à nos ours totalement désorientés. Avec la chaleur installée, ils avaient abandonné leurs projets de douce somnolence dans le confort de leurs tanières pour aller s’initier à la pratique du surf sur la côte basque et les voici, tout soudain, rejetés par un blizzard digne de leur Yougoslavie d’antan vers les hauteurs glacées qu’ils pensaient, les pauvres, ne jamais revoir. De leur côté, les loups, qui avaient choisi de vivre en été comme ces retraités qui s’exilent au Maroc, trépignent et claquent des dents puisque l’hiver commence à envahir l’Occitanie. Ils se croient revenus au Moyen-Age et il ne faut plus exclure qu’ils s’attaquent directement aux pouvoirs publics. Le danger est grand.

Car ces aventures animalières se lisent aussi comme une fable, une métaphore si l’on préfère. Le loup est un animal méchant. Qu’on se rappelle l’affiche de 1986 : « Au secours, la droite revient ! », une droite à grandes dents. En face, on trouve l’ours et surtout l’ourson, Teddy Bear depuis Theodore Roosevelt, gentil et rassurant. Alors, si l’électeur trouve sur son chemin un nounours bonhomme et un fauve ambitieux, qu’il n’aille pas se jeter par mégarde dans la gueule du loup !