Les plaies d’Egypte se sont abattues sur la France. Il ne manque guère que les pluies de grenouilles et de sauterelles.

Le pays était déjà secoué, bousculé, brinquebalé par les manifestations contre la loi travail, par les violences qui les accompagnent et par les grèves qui semblent devenues la façon la plus normale de donner son avis. Trains, avions, raffineries, ports, tout était à l’arrêt ou en syncope. Et voilà que Neptune est venu submerger tout cela d’une sorte de tsunami d’eau douce. L’Ile-de-France mérite enfin son nom, même si pour l’heure elle ressemble plutôt à la Hollande après une grosse colère de la Mer du Nord.

Les rivières sont sorties de leur lit. Elles inondent les pâtures et nos vaches prennent des airs d’hippopotames. Le moindre ruisselet se donne des allures d’Orénoque et les Français apprennent enfin le nom des affluents de la Seine. Qui, si ce n’est le pêcheur à la ligne, connaissait le Loing jusqu’à présent ? Eh bien, ce Loing est devenu un monstre en furie qui avale les petites agglomérations où n’émergent à grand-peine que les clochers. Le Bassin parisien ressemble au bassin du Zambèze avec des chutes Victoria à hauteur de Nogent-sur-Marne. Les fameuses guinguettes sont désormais des lodges pour la pêche au très gros. Bref, l’eau est partout. Et que fait le gouvernement ? Rien du tout.

Dans cette immense pataugeoire, chacun prend ses aises. On voit des cygnes s’aventurer dans les pavillons de banlieue à la recherche de quelque Léda. Des congélateurs dérivent sur les flots furieux dans l’indifférence générale tandis que des touristes japonais sont réfugiés au troisième étage de la Tour Eiffel. Les télévisions n’en manquent pas une miette, pas une goutte. Leurs envoyés spéciaux campent en cuissardes sur les pavés submergés pour interroger des habitants de péniches qui soignent leur look quarantièmes rugissants. Tout le monde fait le zouave, à l’image du fleuve. Mac-Mahon est enfoncé, si l’on ose dire, avec son fameux « Que d’eau, que d’eau ! ».

On a trop d’eau, et l’on n’aura peut-être pas de vin. Dans une succession climatique inédite, nos meilleurs vignobles ont essuyé, si l’on peut dire là encore, une suite inédite de gelées au printemps et de grêle avant l’heure. Les buveurs les plus consciencieux devront se mettre à l’eau. Ce n’est pas tout. La France s’apprêtait aux grandes festivités de l’Euro de football. Mais voilà que cette magnifique compétition est minée par les menaces terroristes, par les grèves anti-supporters et désormais par les déclarations de Karim Benzema sur le racisme dont il serait victime. L’Euro lui-même prend l’eau.

On s’attend bien sûr à une décrue. Mais on n’est pas très sûr de la souhaiter tant les Français sont épouvantés à l’idée de ce que ce reflux pourrait dévoiler de notre pays dévasté. Des immeubles en ruine, des requins échoués, des fermes apportées en plein Paris, des ministères flottant comme aux Maldives… Il se murmure même – quelle horreur ! – que des enfants des quartiers populaires de Belleville et Ménilmontant auraient été transportés dans le seizième arrondissement.