C’était le crime parfait. Il s’agissait d’éliminer du gouvernement l’incontournable François Bayrou qui avait cru nécessaire de réaffirmer sa liberté de parole et dont nous disions, ici même et dimanche dernier, qu’il était le seul caillou restant dans la chaussure d’Emmanuel Macron.

Reconstitution des faits. Dès le lendemain des élections législatives, ce lundi matin, Richard Ferrand organisait lui-même son exfiltration en annonçant qu’il quittait le gouvernement pour prendre la présidence du groupe République en marche ! à l’Assemblée nationale. On demanderait l’avis des députés marcheurs quand on aurait le temps. Pour le reste, l’honneur était sauf puisque, malgré ses difficultés, M. Ferrand n’avait pas été désavoué par son ami président.

Le même jour, pendant la journée de lundi, le Premier ministre présentait, comme c’est l’usage après les élections, la démission de son gouvernement au Président de la République qui l’acceptait et chargeait Edouard Philippe de constituer un nouveau gouvernement devant être annoncé mercredi en fin d’après-midi. Les observateurs les plus aguerris avaient dès lors la puce à l’oreille car le remaniement était initialement présenté comme purement « technique » et portant seulement sur l’arrivée de deux ou trois nouveaux secrétaires d’Etat, ce qui ne nécessite pas 48 heures.

Pour en finir avec la journée de lundi, tous les téléspectateurs ont pu voir le président jupitérien passer sa journée au Salon aéronautique du Bourget qu’il inaugurait en compagnie de sa ministre des armées, Sylvie Goulard, avec laquelle il semblait aller en très bonne intelligence.

Surprise, dès le mardi matin, la même Sylvie Goulard annonçait qu’elle quittait le gouvernement pour pouvoir se défendre librement dans l’enquête judiciaire sur l’usage que le Modem avait fait de ses attachés parlementaires à Bruxelles et Strasbourg. Trois détails méritent d’être relevés. Sylvie Goulard a d’abord quitté le Modem depuis belle lurette. Ensuite, son nom n’était même pas cité dans le dossier de cette enquête, à ce qu’en disaient les spécialistes bien informés. Enfin et surtout, Madame Goulard n’est pas tombée de la dernière pluie. Elle sait parfaitement qu’elle ne peut pas démissionner d’un gouvernement ayant cessé d’exister.

Mais le véritable objectif était ailleurs : il s’agissait d’acculer François Bayrou à la même décision. Après avoir répété tout au long de la journée de mardi qu’il y était et qu’il y resterait, le centriste finissait par laisser dire, dans la soirée, qu’il réfléchissait à une éventuelle sortie.

Dès potron-minet avant-hier, sa décision tombait sous la forme d’une dépêche AFP. Lui aussi quittait le gouvernement. Marielle de Sarnez, ministre des affaires européennes, qui est la commère permanente de François Bayrou annonçait aussitôt qu’elle suivait son patron et qu’elle échangeait son poste de ministre contre la présidence du groupe des 42 députés du Modem. Là aussi, on les consultera quand on y pensera.

C’était déjà une très belle journée pour Emmanuel Macron, débarrassé de l’atrabilaire maire de Pau et du Modem dont il n’avait plus besoin. Mais vers midi, Thierry Solère, député républicain « macron-compatible » de Boulogne (où il l’a emporté, en 2012, contre le parachutage de Claude Géant) annonçait, de son côté, que ses amis Républicains « constructifs » et leurs copains de l’UDI constituaient un groupe parlementaire distinct de celui de LR, un parti tellement riche qu’il pourrait avoir… trois groupes.

Quelle belle opération tactique quand même ! La rénovation politique ? Il faudra patienter un peu.

            (Vendredi 23 juin 2017

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