Il est des événements dont on pourrait presque écrire la chronique par avance tant ils semblent ritualisés. Ainsi de la Fête de la musique, une manifestation qui s’est installée dans notre calendrier civil de façon incontestée en trente-cinq années.

A l’origine, on y a vu un caprice supplémentaire de Jack Lang qui en était le promoteur et n’était jamais en retard d’une innovation. Mais le « caprice » a été progressivement adopté par tous les autres pays d’Europe et par certaines autres nations du monde. Comme si cette fête répondait à une attente, à un besoin.

Un étrange argument s’était également fait jour aux débuts de l’opération. S’il y avait un jour pour fêter la musique, on pouvait en déduire a contrario que, pour le reste du temps, elle ne serait pas au premier rang des préoccupations de nos autorités culturelles. On avait entendu le même raisonnement à propos de la Journée de la Femme. Dans la réalité, il s’est avéré que la Fête de la musique avait un effet d’entraînement et d’émulation sur toutes les pratiques, toutes les disciplines musicales, pour le bien de tous les musiciens.

C’est que la fameuse fête, laissée en bonne partie à l’initiative des groupes privés et donc pas trop encadrée, s’est traduite par une explosion de spontanéité. A tous les carrefours et sur toutes les places de toutes les villes, même les plus petites, ont fleuri des ensembles de musique classique, des groupes de rock, des chanteurs de variétés, des percussionnistes antillais et même des détachements militaires. Au total, un joyeux foutoir où chacun semble trouver son compte.

A vrai dire, cette joie-là vient de loin. Elle est celle du défoulement des grands rites païens où l’on célébrait autrefois le solstice d’été, la journée la plus longue de l’année, le triomphe du soleil. Dans nos régions rurales, c’était, il y a encore peu, les feux de la Saint-Jean qui permettaient d’exprimer ce besoin de lumière. Aujourd’hui encore, les fêtes des Nuits blanches de Saint-Pétersbourg ne nous disent rien d’autre. C’est le 21 juin, et nous laissons remonter de très vieux réflexes d’avant le christianisme.

Mais il demeure toujours une possibilité de surprise avec cette Fête de la musique. Hier, l’inattendu nous guettait au Palais de l’Elysée. L’annonce du nouveau gouvernement ne pouvant avoir lieu, comme à l’accoutumée, sur le perron du Château car la cour d’honneur était occupée, fête oblige, par un orchestre ayant attiré un public nombreux, le secrétaire général de l’Elysée et les journalistes avaient donc pris exceptionnellement leurs quartiers côté jardin.

L’orchestre ? Il distillait de la musique colombienne en hommage au Président de Colombie qu’Emmanuel Macron recevait officiellement. L’homme de Bogota et son épouse étant arrivés à pied par le Faubourg Saint-Honoré, E. Macron et son épouse ont fendu la foule des mélomanes pour aller les accueillir. La Fête de la musique avait imprimé une grande décontraction à une cérémonie très officielle. Tant mieux.

            (Jeudi 22 juin 2017

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