Les marcheurs se sont enfin posés. C’était la rentrée des classes anticipée, ce samedi, pour les 308 députés, presque tous nouveaux, de la République en marche.

On avait organisé pour eux un séminaire de prise de contact avec l’Assemblée nationale et avec le travail qui les attend. Qui était ce « on » ? En théorie, et sans être intégriste de la séparation des pouvoirs, il n’appartient ni au Président ni au Gouvernement de prendre, même pour deux jours, des mesures d’organisation des locaux et des moyens du Parlement. Sans doute cette initiative originale reposait-elle sur le cadre du parti LREM. Mais là non plus, les partis politiques ne peuvent disposer de l’Hôtel de Lassay, de la questure ou des salles de travail, au moins aussi longtemps que le nouveau bureau de l’Assemblée n’aura pas été mis en place. Bien, disons que les nouveaux élus ont été touchés par la grâce ; après des élections miraculeuses, l’Assemblée nationale s’est ouverte spontanément.

Malgré les nombreux reportages goguenards de nos chaînes de télévision, amusées comme lorsqu’elles rendent compte des réunions attendrissantes de jeunes délégués que les collèges et même les écoles primaires envoient périodiquement jouer au Parlement Junior avec la complicité du Président de l’Assemblée, nous ne savons pas vraiment en quoi consistait le séminaire.

Avec sa notation religieuse, le mot « séminaire » lui-même semble contredire l’appellation « En marche ! ». Le mot « retraite » ne conviendrait pas mieux car on ne manquerait pas d’évoquer une défaite militaire ou un empiètement sur les futurs débats quant aux grands problèmes sociaux.

Il semble que les élus aient pu profiter d’exposés faits par les ministres sur ce qui allait être, dans l’avenir immédiat, la coproduction législative pour laquelle la position du gouvernement a l’air d’ores et déjà bien arrêtée. Trop ? Mais il y a là une autre difficulté. Si l’on s’en tient aux ministres venus eux aussi du mouvement « En marche ! » aucun n’a jamais exercé de responsabilité gouvernementale, si l’on excepte Jean-Yves Le Drian et Annick Girardin. Néo-députés et néo-ministres auront donc comparé leurs inexpériences respectives.

Ils n’ont pas absolument rien fait. Ils ont aussi élu leur président de groupe. A mains levées, ce qui limite un peu les velléités d’indépendance. C’est ainsi que Richard Ferrand, « exfiltré » du gouvernement a obtenu 306 voix sur 308. Deux abstentions donc. On peut imaginer que le nouveau président a eu la coquetterie – ce n’est rien d’autre – de s’abstenir. Mais la deuxième abstention ? D’où venait-elle ? Qui était l’intrépide ? N’y aurait-il pas là le début d’une fronde, d’une de ces jacqueries dont Emmanuel Macron a appris à se méfier à la lumière des enseignements du précédent quinquennat ?

Au moins ce séminaire aura-t-il permis aux nouveaux députés de faire connaissance puisque la majorité d’entre eux ne s’étaient jamais vus et que leur notoriété personnelle est souvent bien modeste.

Leur rassemblement était à comparer, puisqu’il s’agit de leur popularité, avec un autre événement survenu samedi également, le concert des « Vieilles Canailles ». A 75 ans les Dutronc, Mitchell, Halliday sont beaucoup plus connus à eux trois que nos trois cents députés. Il y a encore du travail pour entrer dans la lumière.

            (Lundi 26 juin 2017

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