On l’avait noté dès avant son élection, Emmanuel Macron marchait sur l’eau. Et puis, de sommet en sommet, il avait montré aussi, dans le champ international, qu’il était capable de planer. Sans rapport aucun avec l’appel du 18 joint. Il était donc naturel, et d’ailleurs conforme à la tradition, qu’il vienne avant-hier inaugurer le Salon de l’aéronautique se tenant cette semaine au Bourget.

Il paraît que ce salon sera sobre. Que peut bien être la sobriété dans l’aéronautique ? Le Président est arrivé – là encore, c’est la règle – en avion, un gros appareil lourdaud l’A 400M qui doit remplacer, pour nos militaires, les avions de transport américains ou russes. Il a emprunté ce mastodonte pour réaliser le trajet entre Villacoublay et Le Bourget… Un éléphant pour un saut de puce. Ne cherchons pas la sobriété du côté du bilan carbone.

Mais nous n’assisterons pas aux folles surenchères entre les deux géants de l’aviation civile, Airbus et Boeing, une fuite en avant qui avait marqué l’édition 2015 du salon. Pensez, les deux firmes avaient alors annoncé avoir enregistré, en une semaine, 130 milliards de dollars de commandes. Le transport aérien n’était alors pas encore sorti de la crise et les commandes passées par les compagnies les plus prospères, celles du Golfe et de l’Extrême-Orient, revêtaient un caractère conjuratoire. Pendant les travaux, la fête continue…

Aujourd’hui, le secteur paraît stabilisé. Les compagnies se redressent, si l’on ose dire, et elles sont presque venues à bout des remous sociaux créés par la naissance de leurs filiales low cost. Elles n’ont donc plus aucun besoin de démontrer aux usagers qu’elles ont confiance dans l’avenir. Tout ce beau monde revient à la raison, comme après les éruptions irrationnelles qui caractérisent le marché de l’art contemporain.

Le domaine de l’aéronautique militaire semble s’être également calmé. Pas que tous les besoins soient pourvus ; ils ne le sont généralement jamais. Le climat a changé. Pendant les deux précédents quinquennats, tous les salons tenus au Bourget et tous les grands déplacements internationaux du chef de l’Etat semblaient marqués par une mission aussi obsessionnelle qu’impossible : il fallait vendre le Rafale, magnifique avion de chasse incroyablement trop cher.

Il faut reconnaître à François Hollande et à Jean-Yves Le Drian, son représentant du commerce en chef, qu’ils ont remporté des succès inattendus en obtenant l’achat du fameux Rafale par l’Inde, alors que nous vendions des sous-marins à l’ennemi pakistanais, et par l’Egypte aidée dans son effort financier par l’Arabie Saoudite. Ces ventes étaient inattendues mais également paradoxales. L’exécutif consacrait une bonne partie de son temps et de son énergie à placer les produits du groupe Dassault pour ensuite se faire insulter quotidiennement à la une du Figaro, un autre produit du même groupe. Les éditorialistes du Figaro n’ont cessé de multiplier les attaques en piqué contre les positions de François Hollande. Pas très loyal comme stratégie. C’est un peu le Japon à Pearl Harbor.

Mis à part peut-être le département des drones, il ne devrait pas y avoir d’événement considérable pendant ce salon. C’est au point que le journal Le Monde paraît un peu désoeuvré quand il croit pouvoir titrer dans un cahier spécial Le Bourget. « Le marché des hélicoptères fait pale figure »… Sans accent circonflexe.

            (Mercredi 21 juin 2017

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