Un peu de répit, enfin ! Depuis six mois, nous vivons au rythme des élections, de leur préparation et de leurs suites, une actualité tellement envahissante qu’elle a relégué à l’arrière-plan des événements certes très importants mais qui, par leur nature, pouvaient attendre avant d’être livrés au commentaire.

Ainsi, les 17 et 18 juin derniers, la France n’a pas connu seulement le deuxième tour des législatives ou la commémoration de l’appel du général De Gaulle mais aussi les Journées nationales de l’archéologie. C’est un sujet capital mais il est vrai que nos gisements archéologiques n’évoluent pas beaucoup en un mois.

C’est cependant à cette occasion qu’a été fêtée la fin des fouilles d’une domus remarquable sur l’oppidum de Bibracte, dans le Sud du Morvan. Les fouilles de Bibracte ont été entreprises pendant le règne de Napoléon III et elles ont révélé, en un siècle et demi, une foule de trésors. Il faut dire que cette cité gauloise très peuplée et très animée était la capitale des Eduens, sans doute le peuple le plus évolué de la nation gauloise.

Les Eduens avaient noué une alliance avec les Romains bien avant les autres Gaulois. Ils avaient, dans leur capitale située au sommet du Mont Beuvray, un Sénat calqué sur celui de Rome d’où ils recevaient des amphores de vin dès le III° siècle avant J.C. Ils s’habillaient de toges, à la romaine là encore, et non de peaux de bêtes et vivaient dans de belles villas, pas dans des cavernes. Pas de festins de sangliers à Bibracte la très civilisée.

Le développement de la cité était tel que les Eduens durent être bien marris lorsque Vercingétorix vint dans leur capitale, après sa victoire de Gergovie contre Jules César, pour appeler tous les peuples celtes à s’unir pour chasser les Romains du territoire de la Gaule ; même éphémère, l’alliance ainsi proposée par le jeune chef Averne, fils du roi Celtill, fut acceptée par tous. Elle déboucha sur l’affrontement Gaulois-Romains d’Alésia avec une conclusion désespérante pour la Gaule, cette conclusion que nous ne connaissons guère que par les comptes-rendus en forme de rodomontades de César.

La vengeance de l’apprenti dictateur fut terrible puisqu’il fit raser les fortifications de Bibracte et installa la grande capitale régionale dans l’actuelle cité d’Autun qui devait devenir Augustodunum, la ville d’Auguste. C’en était fini de l’histoire glorieuse des Eduens.

Mais le prestige de Bibracte reste intact dans la mémoire nationale. François Mitterrand y avait lancé d’importants travaux qui ont restitué les principaux bâtiments et monuments d’une cité puissante et prospère établie sur plus de 200 hectares urbains. Le Président de la République était tellement attaché à ce site que la rumeur lui a prêté, sans être jamais démentie, le projet d’y faire réaliser son propre tombeau afin d’être, le moment venu mais pour l’éternité, enseveli dans le plus ancien des hauts lieux de notre histoire nationale. Probablement du fait de ces indiscrétions, le projet n’eut pas de suite.

C’est un de ses suiveurs qui s’est pris d’affection pour le site de Bibracte. Imitant François Mitterrand qui escaladait, à peu de distance de là, la Roche de Solutré lors de chaque lundi de Pentecôte, le sémillant Arnaud Montebourg organise, depuis quelques années et à la même date, un rendez-vous de ses partisans au sommet du Mont Beuvray. C’est un rite moins prestigieux dont le magnétisme pourrait, de surcroît, diminuer encore dans un avenir proche.

            (Mercredi 28 juin 2017

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