Il suffit donc de mourir pour être encensé. C’est bien facile quand on y pense. L’encens dont il est question ici n’est pas celui des cérémonies religieuses, naturellement, mais celui des éloges sans nuances dont sont couverts, sauf exceptions telles que Jack l’éventreur, les personnes qui viennent à disparaître.

C’est ainsi que les hommages se sont multipliés depuis la disparition de Louis Nicollin. Le décès d’une personnalité ayant acquis une certaine notoriété constitue bien sûr un événement digne d’intérêt et notre propos n’est pas de discuter le nombre des échos donnés à la mort du président du club de Montpellier-Hérault. La brutalité de l’accident cardiaque dont il a été victime justifie incontestablement l’émotion qui a teinté ces nombreux commentaires. Cela va sans dire pour tous ceux qui ont été proches du disparu et même, admettons-le encore, pour ceux qui prétendent l’avoir été alors qu’on se rappelle surtout les différends qui ont pu les opposer au défunt.

A bien des égards, la carrière de Louis Nicollin était digne d’éloges. D’abord parce qu’il a présidé son club pendant plus de quarante ans alors qu’on pourrait souhaiter une telle constance de leurs dirigeants à bien d’autres équipes comparables. Qu’on pense, par exemple et sans y insister, à l’Olympique de Marseille… Ensuite, comme beaucoup de journalistes l’ont souligné, l’homme avait pris, au sens propre, ses responsabilités, c’est-à-dire qu’il injectait dans les finances de Montpellier, aussi budgétivores que celles de toutes les équipes de L1, l’argent qui lui appartenait. Son cas n’est pas unique mais il est, disons-le aussi, assez rare et, si l’on excepte les cas très particuliers du PSG et de Monaco qui bénéficient d’apports très extérieurs au monde du sport, on voit dans le football beaucoup de dirigeants salariés comme ceux du CAC 40, soit des PDG à responsabilité limitée qui ne semblent concernés que par les profits. Enfin, et ce point a été lui aussi souligné, Louis Nicollin avait « le mérite de la franchise » ; il disait ce qu’il pensait.

C’est précisément sa pensée qui impose des guillemets. A l’heure où seules les louanges semblent admissibles, on a l’impression d’une amnésie générale sur les débordements de l’homme. On peut tenter de rattacher, avec bien des efforts rhétoriques, la grossièreté et la vulgarité à une tradition de truculence rabelaisienne qui appartiendrait à notre génie national. Soit. Mais la brutalité formelle des mots ne doit pas faire oublier le contenu du discours. La contestation systématique de l’arbitrage ou des pratique de l’adversaire ne fait certainement pas partie de cette fonction exemplaire qu’on assigne, souvent à tort au moins à l’excès, au sport professionnel. Pas plus que les commentaires négatifs sur ses propres joueurs ou sur ses entraîneurs même s’ils sont suivis, sans trop de souci de cohérence, de caresses administrées dans le sens du poil. Surtout, les propos de Louis Nicollin sur le joueur Benoît Pedretti, traité de « tarlouze », peuvent difficilement passer par pertes et profits comme des scories sans importance. L’homme était grand ami de Georges Frêche, lui aussi spécialisé dans le propos décomplexé. Une amitié assez naturelle, somme toute.

Nous avons vu beaucoup d’images de son musée personnel du foot. Cette réalisation témoigne de sa passion… de même que le bilan relativement modeste de sa présidence : un titre de champion et une Coupe de France. Louis Nicollin aura plus défrayé la chronique par ses mots que par les performances de son club. Une raison de plus pour qu’il repose en paix.

            (Vendredi 30 juin 2017

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