C’est le moment de gloire de Monsieur Bismuth. Paul de son prénom. Tout un chacun a désormais entendu parler de cet homme d’affaires israélien qui s’est fait offrir, à son insu et bien malgré lui comme aurait dû dire Richard Virenque, un téléphone servant aux conversations secrètes de Nicolas Sarkozy et de son avocat. Bien qu’il n’ait pas d’autres liens avec ce nouveau Sarkogate que d’avoir été au lycée le condisciple de Maître Herzog, le bon Monsieur Bismuth est en passe de devenir, par la vertu d’un alias, la figure emblématique d’une gauche bien désemparée par ailleurs. Après Madame Michu, cette fausse électrice corrézienne type attribuée par Sarkozy à François Hollande, après la Madame Sans-Gêne dijonnaise qui expliquait au même Hollande, avec un certain sens de la prémonition, qu’il ne devait à aucun prix épouser sa compagne, Monsieur Bismuth consacre l’irruption puissante du citoyen-quidam au premier plan de la vie politique française. Longanime, il a fait savoir qu’il ne déposera pas plainte pour cette étonnante usurpation d’identité. Bien.

Mais qu’on choisisse X comme le candidat-mystère soutenu par l’Express en vue des présidentielles de 1965 ou Z comme don Alejandro de la Vega, à quoi peut bien servir un pseudonyme ?

Souvent, il permet de se pousser du col. Quand un académicien choisit abusivement le nom d’une principauté rêvée par Julien Gracq dans « Le Rivage des Syrtes », on sent bien que la prétention nobiliaire n’est pas loin. Même chose pour M. Valéry Giscard dit d’Estaing. Lorsque Georges Pompidou proposa au général De Gaulle de donner à un emprunt d’Etat particulièrement calamiteux le nom du ministre des finances, le monarque républicain répondit de façon lapidaire : « Oui, c’est en effet un nom d’emprunt. » Mais la préoccupation peut être, à l’inverse, de se rapprocher du peuple. Sans doute le Maréchal Leclerc, né de Hauteclocque, se sentait-il plus proche de ses hommes sous son nom plébéien. On peut aussi cacher une honte à moitié bue, comme le talentueux Jacques Laurent qui, pour continuer son œuvre, signait ses bluettes de supermarché du nom de Cécil Saint-Laurent, tout en notant plus tard : « J’ai été mon propre mécène »…

Il arrive que le pseudonyme dissimule une blague. Celle de Romain Gary, par exemple, obtenant une deuxième fois un prix Goncourt attribué à Emile Agar, pirouette d’un clown désespérément triste. Dans le genre de la grosse farce, saluons la virtuosité de ces lurons qui avaient si bien construit la figure du fameux philosophe Jean-Baptiste Botul que Bernard-Henri Lévy, toujours très perspicace, a daigné consacrer quelques développements à cet éminent confrère en carton-pâte. Mais l’utilisation la plus fréquente du pseudonyme a la dissimulation pour fin. On se cache pour échapper à la justice comme les criminels nazis tapis en Amérique du Sud ou pour revenir en gloire, à l’image de Dantès-Monte Cristo. Pour 2017, c’est donc à M. Bismuth de choisir son destin.

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